Jean Asselborn a rencontré des élèves de l'École européenne

"Les Européens pourront donner un exemple formidable au reste de l’humanité pour faire avancer la compréhension, la solidarité et pour essayer de détruire les germes de la haine"

Jeudi 17 février 2005, Jean Asselborn ministre des Affaires étrangères du Luxembourg et président en exercice du Conseil de l’Union européenne, a reçu une classe de terminale de la section française de l’École européenne du Luxembourg. Jean Asselborn a répondu aux diverses questions que lui ont posées les étudiants. Par la suite, nous présentons une transcription des questions et réponses:

"Pourquoi l’Union européenne (UE) ne prend-elle pas de décisions communes sur les sujets de politique étrangère, comme par exemple l’Irak?"

Jean Asselborn: "L’Europe est une entité, qui au fil des années a pour but de s’améliorer dans son efficacité. La guerre de l’Irak a montré que l’Europe est un colosse en matière économique mondiale, mais qu’elle reste un nain au niveau de la politique étrangère. Au sujet de l’Irak, il y avait une division en Europe concernant l’appréciation de l’initiative américaine. Un jour, et je crois que ce jour devrait être le 1er janvier 2007, on aura une Constitution en Europe. Cette Constitution comportera une politique étrangère européenne commune. Je ne dis pas que ce sera une politique étrangère européenne monolithique. L’Europe est une entité d’États indépendants qui veulent mettre beaucoup de choses en commun, afin de pouvoir, dans l’avenir, parler d’une seule voix. Si l’Europe, un jour, a des positions communes en ce qui concerne la prévention et la régulation des conflits, elle aura plus d’importance au niveau mondial. Si, par contre, l’Europe ne se développe pas, surtout en matière de politique étrangère, elle n’aura pas le poids voulu. Nous, hommes et femmes politiques ainsi que les citoyens et surtout les jeunes, nous devons pousser l’Europe à avoir une politique étrangère commune."

"Quelle est la position de l’UE face aux États-Unis d’Amérique?"

Jean Asselborn: "On parle actuellement beaucoup du futur. On a appris ce qui a mal fonctionné dans le passé, et on veut reconstituer une relation beaucoup plus efficace. Il faut influencer la vision des États-Unis au sujet du multilatéralisme. Il y a des gens qui n’aiment pas ce mot, mais en Europe, on l’aime. Par multilatéralisme je veux dire deux choses: d’un côté, le respect du droit international, et de l’autre, que les Nations unies aient le lead en ce qui concerne la prévention et la gestion des crises. Le multilatéralisme a surgi après la Deuxième Guerre mondiale pour mettre fin à la violence. Il n’y aura pas de paix mondiale si le multilatéralisme n’est pas respecté."

"Quelle est la position de l’UE par rapport au conflit actuel en Irak?"

Jean Asselborn: "Actuellement, nous sommes en train de gérer l’après-conflit. Une nation, même la plus puissante, peut facilement gagner une guerre, mais toute seule, elle ne pourra jamais gagner la paix. L’UE cherche à présent à aider les Nations unies à rétablir un certain niveau de sécurité, à faire entrer l’Irak dans une zone de lumière, de redonner espoir aux millions d’Irakiens qui ont le droit de vivre en démocratie et en sécurité. En ce qui concerne la participation des sunnites aux élections, la position de l’UE est très claire: il faut chercher à intégrer, à faire participer les sunnites dans le futur démocratique de l’Irak."

"Pourquoi l’Europe continue-t-elle à avoir une relation privilégiée avec Israël alors que ce pays ne respecte pas le droit international?"

Jean Asselborn: "L’Europe n’est pas spécialement l’ami d’Israël ni des Palestiniens d’ailleurs. L’Europe est l’ami de la paix. L’Europe doit tout faire pour que les deux parties se mettent ensemble. Le fait que les Israéliens et les Palestiniens se mettent autour d’une table est un signe très positif. Les Israéliens ont le droit de vivre en sécurité, et les Palestiniens ont le droit de vivre en dignité. Il faut que les Palestiniens arrivent à rétablir l’État de droit, c’est primordial en ce moment. Mais il n’y aura ni dignité ni sécurité sans paix. L’année dernière, les pays producteurs de pétrole ont eu des recettes supplémentaires de 140 milliards de dollars; ils devraient aussi s’investir beaucoup plus dans la région."

"Quelle est la position du Luxembourg au sujet de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne?"

Jean Asselborn: "Le Luxembourg a une position très nette. 55 sur 60 députés du parlement luxembourgeois ont voté pour le début des négociations. Celles-ci vont débuter le 3 octobre 2005. C’est pour moi une très bonne chose. Évidemment, des questions restent à résoudre: par exemple Chypre. Il est important de construire un pont entre nos deux modes de vie. Il faut donner une chance à la Turquie. Ce sera pour les deux côtés un grand défi."

"Que peut apporter la Présidence luxembourgeoise au futur de l’UE?"

Jean Asselborn: "Durant les dernières décennies, le Luxembourg a montré que la cohabitation, la cohésion d’une société multiculturelle est possible. Au niveau européen, la solidarité à tous les niveaux, qu’elle soit économique, sociale ou culturelle, est le seul moyen et le seul instrument que nous avons pour combattre l’intolérance, le racisme et le nationalisme. Tous ces fléaux sont bâtis sur la haine. La haine peut être beaucoup plus explosive que tous les réacteurs atomiques de la planète. Les Européens pourront donner un exemple formidable au reste de l’humanité pour faire avancer la compréhension, la solidarité et pour essayer de détruire les germes de la haine."

(communiqué par le ministère des Affaires étrangères et de l’Immigration)

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