Jean Asselborn. Intervention au 1er Forum de l'Alliance des civilisations, Madrid

Monsieur le Secrétaire général,
Messieurs les Premiers ministres,
Monsieur le Haut Représentant
Excellences, Mesdames, Messieurs,

C’est pour moi un grand honneur et un réel plaisir de pouvoir prendre la parole aujourd'hui à l’occasion de ce premier Forum de l’Alliance des civilisations, et plus particulièrement dans ce cercle qui ne cesse de s’élargir, je veux parler des Amis de l’Alliance, dont le Luxembourg fait partie depuis le tout début de sa constitution.

Je me félicite de voir comment l’Alliance a réussi à évoluer depuis sa création en 2005 et, qu’elle est, comme notre Haut Représentant vient encore de le rappeler, sur le point de franchir une nouvelle étape en suivant désormais une politique de résultats.

Les quatre domaines d’action prioritaires mis en avant par le Haut Représentant, et qui sont l’éducation, les médias, la jeunesse et les migrations, sont tout à fait pertinents et il nous appartient - gouvernements, société civile et organisations internationales - à travailler ensemble pour mettre en œuvre des projets concrets dans chacun de ces domaines.

Permettez-moi tout d’abord de souligner l’importance primordiale de l’éducation qui reste, à mon avis, l’une de nos "armes" principales pour venir à bout du cercle vicieux de l’ignorance. La démocratie, la liberté et la paix ne constituent pas des acquis. C’est là un défi permanent que chaque société et chaque citoyen doivent relever. L’éducation à la paix, ainsi que l’éducation à la citoyenneté démocratique et aux droits de l’Homme, doit être une préoccupation constante de nos sociétés. L’éducation doit favoriser le respect d’autrui, la tolérance réciproque et contribuer au dialogue de tous, et je saisis l’occasion qui m’est donnée ici pour réaffirmer le soutien du gouvernement luxembourgeois aux efforts tout à fait essentiels entrepris par l’Unesco dans ce domaine.

Je partage l’avis du Haut Représentant lorsqu’il souligne que l’Alliance a également un rôle à jouer au sein des Nations unies dans les domaines de la diplomatie préventive et de la consolidation de la paix, notre objectif premier devant précisément être la prévention des conflits, le maintien et la consolidation de la paix.

Il est primordial de ne pas céder à la suggestion de certains qu’il n’y aurait pas d’alternative à la confrontation des civilisations ou à la solution du conflit Israël-Palestine qui est gelé depuis plus de 60 ans. Une issue positive du processus de paix au Moyen-Orient est une condition primordiale pour promouvoir l’Alliance des civilisations de façon concrète.

L’Alliance constitue un instrument horizontal qui doit venir en soutien aux stratégies nationales que nous sommes appelés à mettre en œuvre, en harmonie et dans un esprit de complémentarité avec les autres initiatives qui existent pour construire ces passerelles. Parmi ces autres initiatives, et sans vouloir être exhaustif, permettez-moi de citer une nouvelle fois l’Unesco, mais également le Conseil de l’Europe, l’OSCE ou encore la Fondation Anna Lindh dans le cadre du processus euro-méditerranéen.

Le Luxembourg croit en la valeur ajoutée de l’Alliance, et je saisis l’occasion qui m’est donnée pour confirmer ici notre engagement tant politique que financier en faveur de notre Alliance. Le gouvernement luxembourgeois a ainsi récemment décidé de soutenir le Trust fund de l’Alliance avec une somme de 100.000 € au bénéfice des projets que l’Alliance doit mettre en œuvre dans les mois qui viennent.

Le Luxembourg, pays qui compte aujourd'hui 460.000 habitants, a été marqué par la guerre et l’occupation. C’est de cette histoire parfois tragique que mon pays a tiré les leçons et a résolument choisi la voie de la coopération et de l’intégration, la voie de la construction européenne et du multilatéralisme. Avec un taux de 40% d’étrangers aujourd'hui, et plus de 130.000 personnes qui traversent la frontière tous les jours de la semaine pour venir travailler au Luxembourg, mon pays a vu sa société changer, évoluer et partant s’enrichir grâce à l’apport des autres cultures, tout en conservant une identité bien à elle, mais ouverte sur les autres.

Dans le cadre de l’Année européenne du dialogue des cultures qui vient tout juste de commencer, le Luxembourg a l’intention de prendre des initiatives pour contribuer à sa façon aux objectifs de dialogue et de compréhension mutuelle. Ainsi, l’Institut Pierre Werner - institut culturel européen créé en 2003 à Luxembourg à l’initiative des gouvernements luxembourgeois, français et allemand pour stimuler la diversité culturelle, les échanges intellectuels et les débats d’idées en Europe et bien au-delà - organisera notamment en septembre prochain avec la Fondation Anna Lindh, que le gouvernement luxembourgeois a activement soutenu depuis sa création, des échanges de vues sur le dialogue interreligieux et interculturel. L’objectif est de permettre aux responsables politiques, religieux, académiques, journalistes et acteurs de la société civile de formuler des recommandations concrètes et qui partant, pourraient s’avérer utiles pour nos travaux.

Mesdames, Messieurs,

Chaque société connaît aujourd'hui en son sein des identités à multiples facettes. Nous comprenons mieux de nos jours que la notion de diversité est devenue tout à fait essentielle. La diversité culturelle est un patrimoine commun de l’humanité. Cette pluralité des identités implique un enrichissement mutuel et une ouverture aux autres cultures. La tolérance prend dans ce contexte tout son sens et implique la reconnaissance de l’égale dignité et du respect de toutes les cultures.

Le dialogue doit être multiple, en se matérialisant non seulement à travers le dialogue entre Etats, mais également et surtout au niveau régional, local et municipal, dans toutes les parties du monde. Je ne peux que rejoindre l’ambition de notre Haut Représentant lorsqu’il met en avant le concept de "global deliverables" et celui d’une diplomatie des villes. C’est un projet ambitieux, volontaire, difficile, mais tout à fait essentiel.

Au-delà de cette diversité, et je me permets en concluant d’y insister, il reste l’universalité des valeurs fondamentales pour toutes les cultures et religions qui sont le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, telles que la liberté d’expression, d’information et de communication, valeurs consacrées par la Déclaration universelle des droits de l’homme dont nous fêterons le 60e anniversaire en fin d’année.

Je vous remercie.