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Jean Asselborn, Discours à l'occasion de la présentation du projet "L'Espagne et la construction européenne" par le Centre Virtuel de la Connaissance sur l'Europe, Madrid
Monsieur l’Ambassadeur,
Monsieur le Recteur,
Madame la Directrice,
Excellences,
Mesdames et Messieurs !
C’est avec un grand plaisir et avec fierté que je peux introduire, dans ce prestigieux cadre qu’est la Escuela Diplomatica, la présentation du Centre Virtuel de la Connaissance sur l’Europe et son projet de recherche „L’Espagne et la Construction européenne“.
Le Centre Virtuel de la Connaissance sur l’Europe, fleuron du milieu académique luxembourgeois, est une institution publique qui cherche son égal en termes d’histoire de l’intégration européenne. Permettez-moi de vous expliquer en quelques mots pourquoi.
Il s’agit d’un Centre interdisciplinaire de recherche et de documentation, avec la mission de créer et diffuser la connaissance sur notre histoire commune, celle de l’Union européenne. Pour cela, le Centre a mis l’accent sur le développement d’une bibliothèque numérique multimédia et multilingue, au service de la recherche et de l’enseignement, mais aussi de chaque citoyen qui souhaite perfectionner ses connaissances historiques. Le Centre a ainsi développé la plus grande base de données virtuelle sur l’histoire de l’Europe. Elle inclut un nombre impressionnant de documents originaux collectés dans différentes archives à travers l’Union européenne.
Depuis quelque temps, le Centre est devenu une référence internationale en matière d’histoire européenne. En 2009, 10 millions de documents ont été consultés. Pendant cette seule année, sa librairie digitale a été visitée 2,8 millions de fois, ce qui correspond à 240.000 visites par mois.
Je suis fier d’annoncer aujourd’hui que parmi les collections thématiques qu’entretient le Centre figurera dorénavant celle sur l’Espagne et l’histoire de son intégration européenne. Avec l’Autriche, l’Espagne est un des premiers pays à faire l’objet d’un tel projet de recherche. C’est aussi grâce aux excellentes relations qu’entretient le Centre avec l’université Complutense de Madrid et notamment avec son Département d’histoire contemporaine et le professeur Antonio Moreno Juste. Que le projet soit lancé au moment ou l’Espagne exerce sa quatrième présidence du Conseil de l’Union européenne est un fait heureux. Je profite également de l’occasion pour exprimer mes félicitations à l’équipe du Centre Virtuel de la Connaissance sur l’Europe et particulièrement à Mesdames Susana Muñoz et Cristina Blanco Sío-López pour leur excellent travail dans le cadre de ce projet.
L’originalité du projet réside autant dans le processus de recherche que dans la diffusion des résultats. Le matériel de recherche inclut une série de témoignages historiques, constituant une mémoire orale sur la participation de l’Espagne dans le processus d’intégration européen. Des personnes de renommée ont généreusement partagé leurs souvenirs et expériences de la relation entre l’Espagne et l’Union européenne : je ne citerai ici que Carlos María Bru, Jordi Pujol, José María Gil-Robles, Marcelino Oreja et Manuel Marín.
L’histoire nous apprend que les chemins qui ont mené le Luxembourg et l’Espagne dans l’Union européenne n’ont pas été les mêmes, mais qu’ils ont abouti tous les deux à un fort ancrage dans l’Union européenne.
Le Grand-duché ayant abandonné sa neutralité après l’expérience douloureuse de la seconde guerre mondiale, s’est engagé pour l’intégration européenne dès la naissance de l’Europe communautaire en tant que membre fondateur de la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier en 1951. Situés entre l’Allemagne et la France, nous avions un intérêt évident à ce que les deux grands voisins s’engagent une fois pour toutes sur la voie de la réconciliation. D’où notre enthousiasme pour le projet de paix le plus ambitieux de nos temps, dont les bases étaient l’intégration de ses pays membres par l’économie et le droit. Pour un petit pays au cœur de l’Europe, l’ouverture des marchés était effectivement un pas essentiel. L’économie luxembourgeoise, très axée sur les exportations, a pu prendre son plein essor grâce au Marché Intérieur.
La population luxembourgeoise a constamment soutenu ses dirigeants politiques dans leur ambition de faire de l’intégration européenne un fer de lance de leur politique étrangère. Rappelons que la ville de Luxembourg était le siège de la CECA et est devenue par la suite une des trois capitales européennes. Elle accueille non seulement la Cour de Justice de l’Union européenne, mais aussi la Banque européenne d’Investissement, la Cour des Comptes, le Secrétariat du Parlement européen ainsi que Eurostat et l’Office européen des Publications.
Quant à l’Espagne, elle a rejoint l’Union européenne en 1986. Cette adhésion plus tardive découlait de la situation politique spécifique de l’Espagne durant l’après-guerre. Nous allons revoir, lors de la présentation plus tard, les détails du contexte politique qui a mené vers l’adhésion de l’Espagne à l’Union.
L’Espagne est un partenaire très apprécié du Luxembourg au sein de l’Union européenne. Dans de nombreux domaines nous défendons les mêmes positions. Nous avons la même perception de l’importance que revêt pour l’Union son statut dans le monde. Nous savons que la base de l’action de l’Union européenne est le bon fonctionnement de ses institutions et le respect de la méthode communautaire. Rappelons que c’est aussi grâce aux referenda et à l’action de nos deux pays que la majeure partie du traité constitutionnel a pu être transposée dans ce qui est devenu le Traité de Lisbonne.
Nos deux pays participent à toutes les politiques qui font le succès de l’Union européenne: nous avons signé les accords de Schengen sur la circulation des personnes, un des piliers du Marché Intérieur. Nous avons adopté la monnaie commune, qui nous fait des soucis en ce moment mais qui a été et est toujours le garant du bon fonctionnement du Marché Intérieur. Les récents évènements nous ont rappelé que nous devons renforcer la coopération économique et budgétaire entre les pays membres de la zone EURO.
Etre un bon partenaire au sein de l’Union européenne n’équivaut cependant pas à abandonner des convictions qui découlent de nos situations nationales respectives. Cela signifie être prêt à trouver des compromis et des solutions qui sont d’un intérêt commun pour l’Europe.
Mesdames, Messieurs!
Le Traité de Lisbonne, nous voulions l’avoir. Nous l’avons depuis peu. Seulement, Espagnols et Luxembourgeois, nous avons le devoir de clamer tout haut que l’esprit de ce Traité est basé sur les principes de la solidarité interne et de l’égalité des droits et des devoirs de tous les Etats-membres.
L’Union européenne, c’est l’Allemagne, la France et, j’espère, aussi le Royaume-Uni, oui. Cependant, l’Union européenne n’est pas que l’Allemagne, la France ou le Royaume-Uni, c’est bien davantage. Une Union de 27 grands, moins grands et petits pays assis autour d’une même table, respectant les mêmes règles, ayant les mêmes responsabilités.
Par le biais de la méthode dite communautaire, l’Union européenne ne fonctionne que si la volonté politique, capable de dégager un intérêt européen commun, prime sur le réflexe de l’aspiration purement nationale. Avec le Traité de Lisbonne, l’Union européenne ne s’est pas doté d’un instrument éliminant automatiquement le réflexe d’une défensive nationale, mais le Traité nous montre les voies d’y échapper.
Respectons donc tous cet esprit positif et veillons ensemble à ce que cette construction politique unique sur la planète réponde aux espoirs légitimes des 500 millions d’Européens.
C’est le rôle des hommes et des femmes politiques de l’Europe de lutter pour que l’intégration européenne retrouve son élan. Ce qu’il faut faire, ensemble avec les citoyens européens, c’est de restimuler l’esprit de l’intégration européenne, en démontrant la valeur ajoutée de l’action commune des membres de l’Union européenne, aussi et surtout dans les périodes difficiles. Le Centre Virtuel de la Connaissance sur l’Europe saura y contribuer en rappelant, à travers une perspective historique, l’esprit de solidarité qui est à la base de l’aventure européenne.
Je vous remercie de votre attention.