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Jean Asselborn, Discours à l'occasion des festivités officielles du 25e anniversaire de la signature des accords de Schengen, Luxembourg
Altesse Royale,
Monsieur le président du Parlement européen,
Monsieur le président de la Chambre des Députés,
Monsieur le président de la Commission européenne,
Monsieur le président du Gouvernement,
Madame la vice-présidente de la Commission européenne,
Chers collègues ministres du gouvernement luxembourgeois,
Chers collègues du Conseil de l’Union européenne et de l’espace Schengen,
Chers signataires historiques, Madame Catherine Lalumière, Monsieur Robert Goebbels,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Il y a 25 ans, l’Allemagne, la France, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg ont signé sur un modeste bateau touristique ancré au milieu de la Moselle, à quelques mètres d’ici, un accord qui signifiait le début d’une grande Europe de la libre circulation des personnes.
L’accord prévoyait en premier lieu l’abandon du contrôle des personnes aux frontières. S’y greffaient la coopération policière transfrontalière, la poursuite et l’observation transfrontalière, le système d’Information Schengen et un visa qui a grandement facilité la vie aux personnes originaires d’Etats tiers soumis à une obligation de visa et qui veulent visiter l’Europe.
Entre les pays du Benelux, cette libre circulation existait déjà depuis 1960, mais avec l’Allemagne et la France, ce n’était pas le cas.
Le Luxembourg est fier d’avoir Schengen sur son territoire. C’est pourquoi nous sommes en fait réunis ce soir pour fêter deux événements : le 25e anniversaire de la signature des accords de Schengen, ce premier pas vers une Europe des citoyens qui soit aussi plus tangible pour tout un chacun, et l’inauguration d’un musée qui leur est consacré.
Comme je pense que nos invités qui représentent au plus haut niveau les institutions européennes évoqueront amplement la signification politique des accords de Schengen, leur historique et leur intégration progressive dans les traités européens, je préfère en tant qu’hôte vous parler de Schengen comme lieu de rencontre européen et de ce que nous avons essayé d’en faire.
Car il faut bien savoir que ce lieu est devenu ces dernières années un véritable lieu historique. Preuve en sont les visiteurs qui viennent en grand nombre chaque jour. Ils viennent de tous les continents, arrivent à pied, en bus, en voiture, en vélo, cherchent le panneau à l’entrée du village, l’entourent par dizaines, prennent des photos, reprennent leur quête, cherchent le monument sur la rive de la Moselle, y posent de nouveau pour une photo, et jusqu’à il y a quelques semaines, revenaient au Centre européen d’information, où on leur montrait un film, la maquette du bateau sur lequel les accords furent signés, et où on leur expliquait des photos historiques.
A un certain moment, il nous semblait nécessaire d’en faire davantage.
Une stèle, des plaques commémoratives, quelques photos, c’était bien, mais plus assez. Surtout, cela ne tenait pas compte du fait que si passer une frontière sans être contrôlé était devenu une normalité pour la plupart des Européens de l’Ouest, elle ne l’était pas pour nos amis d’Europe centrale et orientale il y a encore deux ans et demi. C’est la levée des contrôles des personnes aux frontières intérieures, fin 2007, dans 9 nouveaux Etats membres, et là je cite Bronislaw Geremek, qui a prononcés ces mots ici même et à cette occasion, "qui mit définitivement fin au rideau de fer et à la guerre froide".
Lorsque la célébration du 25e anniversaire de la signature des accords de Schengen fut donc envisagée, mes services se sont concertés avec la commune, mais aussi avec la population de Schengen.
L’on voulait quelque chose de durable et de visible. Et nous avons écouté et agi.
La première idée portée par les autorités nationales et locales, et surtout par la population, ce fut de mettre en place un Musée européen Schengen consacré aux accords. Cette idée a été mise en pratique en moins de deux ans. Le gouvernement luxembourgeois est donc fier de pouvoir offrir ce soir aux Européens, mais aussi aux visiteurs des pays tiers, ce petit musée polyglotte.
Il est le premier musée dans son genre qui a pour objet un des grands acquis de la construction européenne. Que nous offre-t-il ?
Eh bien, il retrace de manière vivante le chemin ardu de l’Europe des frontières à une Europe des citoyens, puisque Schengen, c’est d’abord, comme j’ai déjà pu le dire ce soir, l’Europe de la libre circulation des personnes, une des libertés fondamentales inscrites dans les traités européens. Le musée explique donc par des témoignages, des documents, des objets très parlants ce que sont les accords de Schengen, et comment ceux-ci ont changé notre façon de voyager, mais aussi d’envisager le contrôle à nos frontières extérieures, notre sécurité, le travail de nos polices, de nos justices et de nos douanes.
Et en jetant un regard en arrière sur l’histoire des frontières en Europe avec des moyens de présentations interactifs, il nous montre aussi, ce petit musée, ce de quoi nous nous sommes progressivement éloignés : de la fermeture et du repli sur soi, de l’affrontement et de la guerre, de la division et d’un continent coupé en deux. Et pour illustrer ce propos, Schengen même est présenté, petit village de frontière avec une histoire de village de frontière au coeur de l’Europe, une histoire parfois harmonieuse, mais souvent douloureuse, quand les conflits européens ont sévi.
Bref, si nous arrivons à faire comprendre au visiteur la portée de ce nouvel espace commun et à susciter en lui un sentiment d’appartenance à un territoire, à une culture, à un grand ensemble, ou à faire comprendre au visiteur d’un autre continent un des aspects de l’ambition européenne qui a rendu la paix à notre continent, nous aurons gagné notre pari.
C’est à l’inauguration de ce petit musée que je voudrais vous inviter après cette cérémonie.
Mais il y a eu plus pour revaloriser le lieu symbolique de carrefour européen qu’est devenu ce village. Le gouvernement a aussi entamé des travaux de réaménagement de la promenade le long de la Moselle. Un réaménagement monumental, sous la houlette des architectes Herman et Valentiny, avec sa pergola, ses colonnes dédiées aux Etats membres de l’espace Schengen. Et le Ministère de la Culture a, quant à lui, fait élever la colonne des nations devant le Musée, à la sortie de cette tente. Bref, Schengen a changé un peu de visage, est devenu encore plus lieu de rencontre pour ses visiteurs qui, j’espère, seront encore plus nombreux.
Et c’est dans ce sens que je voudrais remercier nos illustres invités de participer à ce moment très particulier. Mais je voudrais aussi remercier tous ceux qui ont oeuvré pour la réussite de cette transformation, mes collègues ministres d’abord,
- Claude Wiseler, ministre du Développement durable et des Infrastructures, responsable des grands travaux sur l’esplanade qui sera appelé "de l’Europe"et pour rendre le musée accessible aux personnes handicapées,
- Octavie Modert, ministre de la Culture, à qui nous devons la colonne des nations,
- le bourgmestre, la commune et la population de Schengen, qui nous ont donné l’impulsion initiale pour un musée,
- Nicolas Schmit, actuellement ministre du Travail et de l’Immigration, mais ministre délégué aux Affaires étrangères, lorsque ce projet a été lancé, et qui y a oeuvré activement,
- l’équipe autour du responsable du projet, Victor Weitzel, qui a mis en place le musée avec beaucoup d’engagement et d’énergie,
- Marie-Paule Jungblut, conservateur au Musée de la Ville de Luxembourg, et que le bourgmestre de la capitale, Paul Helminger et Lydie Polfer, échevine à la culture, ont autorisée à nous prêter ses talents comme commissaire de l’exposition, ce dont je les remercie eux aussi,
- sans oublier Charles Elsen, ancien directeur général à la DG Justice et Affaires intérieures du Conseil, un vieux routier des accords de Schengen, et qui a, avec ses conseils, veillé à la justesse de ce qui est dit sur les accords,
- les muséographes René König de Chemnitz et Thomas Ebersbach de Leipzig, donc de cette partie de l’Allemagne dont les frontières étaient si longtemps fermées, et qui ont exécuté les travaux avec un immense engagement,
- un grand merci aussi à la Commission européenne, qui a contribué à cette fête.
Les Luxembourgeois aiment se référer au père de l’Europe Robert Schuman, qui est né à Luxembourg, et qui dans sa célèbre déclaration du 9 mai 1950 il y a 60 ans prononça ces mots si connus: "L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait."
Quelle meilleure illustration de la validité continue de cette approche que les accords de Schengen, que le passage de l’Europe des frontières à l’Europe des citoyens ?
Vous en conviendrez avec moi, une page importante de l’histoire européenne a été écrite à Schengen il y a voici 25 ans.
Altesse royale, une dernière réflexion anodine pour terminer.
A sa naissance, Schengen fut un projet initié par la France et l’Allemagne, les deux grands Européens.
L’inspiration du projet, je viens de le dire, était calqué sur la convention du 11 avril 1960, supprimant le contrôle des personnes aux frontières intra-bénéluxiennes.
Retenons donc qu’en 1985 nos deux grands voisins avaient une vision claire et bien définie, ayant comme objectif "l’Europe des citoyens", concept consacré aujourd’hui dans les traités.
Ils n’avançaient pas seuls, mais ensemble avec les pays du Benelux afin de donner une impulsion forte à toute l’Europe.
En 1985, les deux grands savaient ce qu’ils voulaient et ont tiré la charrette dans une seule et même direction, tout en y associant les moins grands. Le résultat a été au-delà de tout espoir.
En fait, aujourd’hui, plus de 500 millions de citoyens européens sont dans l’expectative d’une attitude similaire de conviction européenne à 27, imprégnée de courage, de clairvoyance, de solidarité et de détermination, pour que l’Europe puisse sortir des turbulences de la crise financière et économique.
L’histoire jugera lors du 50ème anniversaire de Schengen.
Je vous remercie de votre attention.