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Jean Asselborn, Discours à l'occasion de la conférence sur la Somalie, Istanbul
Permettez-moi tout d’abord de saluer les avancées majeures qui ont été enregistrées ces derniers mois en Somalie tant sur le plan politique, que sur le plan sécuritaire. Cette amélioration de la situation est une source d’espoir incontestable.
La Somalie se trouve sur le bon chemin, celui de la stabilisation. Mais la tâche n’est pas aisée et le temps est compté. Il ne reste que trois mois d’ici la fin de la transition. Ce n’est qu’avec la participation active de tous les Somaliens, qu’il sera possible de progresser sur la voie de la stabilisation politique durable de la Somalie. La responsabilité pour l’élaboration et la mise en oeuvre d’une solution politique incombe avant tout aux Somaliens.
Depuis notre réunion à Londres, des progrès ont été enregistrés et j’ai confiance que vous allez désormais redoubler d’efforts pour honorer vos engagements.
Il ne s’agit pas de faire preuve d’un optimisme naïf. D’ici la fin de la période de transition, les défis sont nombreux pour les dirigeants somaliens. Il faut mener un processus inclusif et représentatif permettant de doter le pays des institutions politiques jetant les bases d’un Etat viable à long terme, notamment une constitution, un parlement, et un Président. Nous savons tous que la progression du processus politique est indispensable pour que la situation s’améliore durablement sur le long terme. Elle seule permettra d’assurer la pérennité des progrès réalisés en termes de sécurité, et de développement. Il importe en particulier que les nouvelles institutions soient légitimes, stables et représentatives, et que l’on jette les bases en Somalie d’un Etat de droit, basé sur le respect de la règle de droit et des principes de bonne gouvernance.
Les 90 prochains jours sont cruciaux pour l’avenir de la Somalie et de la Corne de l’Afrique. Il est essentiel que toutes les parties somaliennes mettent à profit ces 90 jours pour mener la transition à son terme et pour penser l’après-transition. J’ai confiance que la communauté internationale mettra tout en oeuvre pour que les Somaliens puissent bénéficier des dividendes de la paix, une fois que la transition aura été couronnée de succès.
La sécurisation de la Somalie nécessite que, à terme, la Somalie soit en mesure d’assurer sa propre sécurité, que ce soit sur terre ou dans ses eaux territoriales. Il est donc primordial d’aider la Somalie à se doter des capacités - qu’il s’agisse de capacités sécuritaires, mais également judiciaires et pénitentiaires - qui lui permettront à terme d’assurer sa propre sécurité. Il est par exemple important de former les forces de sécurité somaliennes, comme le fait l’UE dans le cadre de sa mission de formation (EUTM Somalia) à laquelle le Luxembourg a participé. Il est tout aussi important de créer à terme des capacités maritimes en Somalie mais aussi dans toute la région. Dans ce contexte, je ne peux que me réjouir de la décision prise au niveau de l’UE de mettre en place une nouvelle mission visant à renforcer les capacités maritimes des pays de la région.
La tenue de cette Conférence aujourd’hui à Istanbul, trois mois après celle de Londres, est l’illustration parfaite du fait que la Communauté internationale prête une attention toute particulière à la Somalie et souhaite véritablement l’aider. Il appartient à tous les acteurs somaliens de prouver qu’ils sont prêts à saisir l’opportunité historique de changer enfin durablement et pour le meilleur la situation en Somalie. Je crois sincèrement que la volonté politique est l’élémentclé qui permettra de saisir l’opportunité historique de stabiliser le pays, et donc toute la région. Dans ce contexte, je ne peux que m’associer à la mise en garde adressée à ceux qui veulent bloquer ou ruiner les progrès en cours.
L’impulsion politique est essentielle. Elle sera d’autant plus couronnée de succès qu’elle sera complétée par une approche globale, combinant les aspects sécurité et développement, dont nous savons tous qu’ils se renforcent mutuellement et sont indispensables l’un pour l’autre. Les volets politique, sécurité et développement sont intimement liés. Pour que les volets sécurité et développement soient viables sur le long terme, la volonté politique est indispensable. Permettez-moi de saluer ici tout particulièrement l’approche globale mise en place au niveau de l’UE, notamment par le biais de l’adoption l’année dernière d’une stratégie de l’UE pour la Corne de l’Afrique et la nomination en début d’année d’un Représentant Spécial de l’UE pour la Corne de l’Afrique. Je suis confiant qu’en mobilisant de façon stratégique toute la panoplie d’instruments dont elle dispose, l’UE pourra intensifier son action en vue de contribuer de manière déterminante à la stabilisation de la Somalie.
Pour conclure, permettez-moi de vous assurer ici que le Luxembourg continuera, dans la droite ligne de ce qu’il a fait jusqu’à présent, de soutenir la Somalie sur la voie de la stabilisation, que ce soit sur le plan politique, sécuritaire ou humanitaire. Je suis fier de confirmer ici que nous poursuivons nos efforts en matière de lutte contre la piraterie, notamment en mettant à disposition de l’opération maritime de l’UE (EU NAVFOR ATALANTA) deux avions de reconnaissance maritime et que nous continuons à faire preuve de générosité en matière humanitaire. Nous sommes également prêts à étudier toute autre possibilité de soutien à la Somalie.