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Jean-Claude Juncker à l'université Erasmus de Rotterdam: "L'UE va sortir de cette crise avec des éraflures et des blessures, mais néanmoins plus forte et plus vigoureuse qu'avant"
La crise économique et financière est comme une "inondation dont les eaux jaillissantes emportent tout ce qui croise son chemin"
Le recours à une métaphore d’une "inondation dont les eaux jaillissantes emportent tout ce qui croise son chemin" a d’emblée permis à Jean-Claude Juncker de mettre en exergue l’ampleur de la crise économique et financière qui a causé "des dommages massifs". "À l’image d’une inondation qui se produit après la rupture d’un barrage", a-t-il enchaîné, "la crise nous a surpris dans son déroulement et son ampleur même si les principaux dégâts structurels étaient visibles depuis longtemps".
Jean-Claude Juncker s’est rappelé que les origines de la crise étaient marquées par un consensus entre les décideurs politiques, les économistes et les hommes politiques, que ses répercussions "se limitaient à un segment spécifique du secteur financier et que ses effets de contagion étaient limités". La Banque centrale européenne fournissait également la preuve qu’elle était capable de gérer la crise.
Le grand tournant intervint en automne 2008, suite à l’effondrement de la banque américaine Lehman Brothers. Les premières mesures des gouvernements et de la Banque centrale européenne pour stabiliser le secteur financier (comme, la recapitalisation des institutions financières à hauteur de 260 milliards d’euros jusqu’aux garanties d’État à hauteur de 3.000 billions d’euros) n’ont pas permis de rétablir "le fonctionnement normal du système financier", a constaté Jean-Claude Juncker. Il a également évoqué le plan de relance d’un montant de 500 billions d’euros, soit 1,5% du PIB, qui représentait "une réponse approprié à l’effondrement de l’économie".
"Il n’y a pas d’alternative aux sources de croissance"
"La première préoccupation des gouvernements était de garantir les droits des clients des institutions financières", a expliqué le président de l’Eurogroupe devant le grand auditoire de l’université Erasmus de Rotterdam. L’importance du système financier, qualifiée "d’épine dorsale de l’économie de marché" et l’interdépendance accrue entre les institutions financières fournissent la preuve "qu’il fallait éviter en tout cas la faillite des banque dite systémiques".
Après avoir esquissé deux types de critiques diamétralement opposées - "la première consiste à dire que les mesures adoptées par les gouvernements vont trop loin, la seconde consiste à fustiger les initiatives parce qu’elles ne vont pas assez loin" -, le président de l’Eurogroupe a jugé "qu’il n’y avait pas d’alternative aux sources de croissance" et que les gouvernements devaient "appuyer la demande, l’activité et l’emploi via des investissements publics".
Les réponses politiques recèlent des risques politiques, économiques et stratégiques
Les réponses politiques prises pour pallier les répercussions de la crise économique et financière recèlent pourtant des risques évidents. Au-delà des distorsions potentielles de concurrence et des problèmes de hasard moral, Jean-Claude Juncker a soulevé les questions difficiles en matière d’équité et de "burdensharing" entre actionnaires et contribuables.
Il s’est également inquiété de la dette publique en indiquant que neuf États membres de l’espace euro sont susceptibles d’afficher un déficit budgétaire supérieur au plafond des 3% qui est autorisé par le pacte de stabilité et de croissance. Il a abordé les répercussions du chômage à long terme et celles sur la dette publique des États membres qui se chiffrait à 68,7% du PIB à la fin 2008. "D’ici 2010, elle devrait augmentera à quelque 76% du PIB", a indiqué Jean-Claude Juncker qui s’est référé aux dernières prévisions de la Commission européenne.
Au niveau international, force est de constater, selon Jean-Claude Juncker, que la crise se traduit par la réémergence des réflexes nationalistes voire protectionnistes.
"L'euro est le signe tangible que l’ensemble est plus fort que la somme de ses parties"
L’envolée du chômage et la montée des inégalités sociales doivent être "combattus d’urgence" parce qu’ils "mettent à mal la cohésion sociale et comportent des risques évidents d’instabilité politique", a-t-il mis en garde. En l’absence de réponses adéquates, le risque est grand, selon Jean-Claude Juncker, que la crise "anéantisse d’un coup les avancées qui ont été atteintes au cours d’un siècle entier". D’où son appel à "intensifier la coordination des politiques dans la zone euro, dans l’Europe et au niveau international et d’éviter la résurgence des reflexes nationalistes".
"L’ensemble est plus fort que la somme de ses parties", a-t-il dit en faisant référence à la monnaie unique européenne. "Si nous tirons cet enseignement de la crise, je suis confident que l’Europe va en sortir, avec des éraflures et des blessures certes mais néanmoins plus forte et plus vigoureuse qu’avant", a-t-il conclu.