La personne Helmut Kohl
Dans sa laudatio émaillée d’anecdotes et de souvenirs tirés de la grande et de la petite histoire, Jean-Claude Juncker s’est d’abord focalisé sur la personne Helmut Kohl en relevant l’hiatus qui existe entre, d’une part, l’image qui est véhiculée sur Helmut Kohl et, d’autre part, sa personnalité réelle. Les traits de caractère dont on l’a affublé - "celui d’un homme têtu qui ne sait pas écouter, qui est surtout sensible aux compliments" - ont selon Jean-Claude Juncker conduit à une distorsion de la réalité occultant que Helmut Kohl est en réalité "un personnage humble qui ne faisait pas beaucoup de bruit de soi-même". "Helmut Kohl ne s’est jamais pris pour Helmut Kohl, il ne s’est jamais confondu avec Helmut Kohl", a tenu à rectifier Jean-Claude Juncker en soulignant qu’il est demeuré malgré le poids de son mandat, de ses devoirs et la reconnaissance internationale dont il a fait l’objet, le garçon simple de Ludwigshafen.
Outre son humilité, c’est l’esprit européen qui a caractérisé Helmut Kohl. Cet esprit s’est surtout traduit par le respect et la reconnaissance des petits et moyens États. Ce précepte qui a orienté son action politique a fait, selon Jean-Claude Juncker, "qu’il n’a jamais célébré la grande Allemagne en Europe". "Il n’a pas écrasé les petits et moyens États avec le rouleau compresseur" mais "les a tous traités sur un pied d’égalité".
Ses engagements politiques
Sur le plan politique, le nom de Helmut Kohl est pour Jean-Claude Juncker indissociable de son action et de son engagement pour la réunification des deux Allemagne et la construction européenne. Son grand mérite a été d’avoir "appréhendé ces deux processus comme les deux faces d’une même médaille". Jean-Claude Juncker, témoin de première heure, qui a participé aux négociations qui ont débouché sur la réunification des deux Allemagne, a pu observer le combat de Helmut Kohl pour favoriser l’intégration de la République démocratique allemande dans la République fédérale allemande dans un contexte ou "le bien-fondé de ce processus était loin de faire l’unanimité". "Ceux qui pensent que ce processus était normal, plat et irréversible, se trompent", a rectifié Jean-Claude Juncker en soulignant que "Helmut Kohl a finalement su s’imposer parce qu’il savait depuis 1982 qu’aucun processus de paix ne se ferait au détriment des intérêts européens". Et de conclure "qu’Helmut Kohl est non seulement un grand Allemand mais également pour certaines générations la figure de proue déterminante du processus d’intégration européenne".
Ses qualités de leader
Selon Jean-Claude Juncker, c’était surtout dans des contextes difficiles où le processus d’unification européenne semblait dans l’impasse, que ses qualités de leader se sont exprimées. "Lorsqu’on se trouvait à un carrefour", Helmut Kohl était celui "qui connaissait toujours le sens de la marche" et qui a piloté le" fleuve du processus d’intégration européen". "Sans Helmut Kohl, l’euro n’existerait pas", a-t-il également rappelé en faisant référence au rôle qu’Helmut Kohl a joué dans la genèse de "cette monnaie unique qui nous protège aujourd’hui et a permis d’éviter que l’Europe ne sombre dans un chaos total".
Figure de proue du processus d’intégration européen, chancelier de la réunification des deux Allemagne, artisan de la monnaie unique européenne, Helmut Kohl est finalement pour Jean-Claude Juncker "un grand Allemand", "qui occupe une place dans la galerie des très grands, comme Winston Churchill, Konrad Adenauer", ceux qui ont su "prendre les bonnes décisions au bon moment". "Je pourrai prononcer 1.000 discours dont un seul correspondrait à la vérité", a résumé Jean-Claude Juncker la difficulté qu’il a eue pour appréhender la "vitae" de Helmut Kohl avant de conclure qu’Helmut Kohl est "pour nous un modèle qu’on voudrait imiter".