Jean-Marie Halsdorf, Discours à l'occasion du Marché international des professionnels de l'immobilier (MIPIM), Cannes

Mesdames et Messieurs,

Depuis des décennies le Luxembourg pratique une politique active de développement et de promotion de son site économique. Cette politique présente plusieurs aspects: compétitivité fiscale, plurilinguisme, environnement spatio-économique attractif, stabilité sociale et politique, chemins décisionnels courts,...

Aujourd’hui, alors que le Luxembourg connaît de plus en plus de concurrence, notamment sur le plan fiscal, il importe de repositionner le pays dans un environnement économique toujours plus globalisé et mondialisé.

Pour le Luxembourg, ce repositionnement passe par une stratégie double :

  • d’un côté, exploiter de manière déterminée certaines niches économiques;
  • de l’autre, jouer sur une politique spatiale intelligente de création de pôles de développement économique et de zones d’activités appropriées.

En ce qui concerne le premier volet, il ne fait aucun doute que le secteur financier reste le secteur dominant de l’économie luxembourgeoise, mais il est vulnérable à cause, notamment, de la volatilité des marchés financiers. C’est pourquoi, la diversification de l’économie luxembourgeoise doit, en quelque sorte, "constituer une assurance contre les aléas."

Il ne s’agit cependant pas simplement de "diversifier en largeur", mais il faut également diversifier "en profondeur", c’est-à-dire qu’il faut développer des compétences dans un certain nombre de domaines : "Il faut viser une multi-spécialisation", comme l’a récemment souligné mon collègue, le Ministre de l’Economie, Jeannot Krecké. Seul le développement de plusieurs niches de compétence tels la logistique, les énergies vertes, l’informatique autour d’internet, peut permettre au Luxembourg d’acquérir la crédibilité nécessaire pour exister sur la scène globalisée de l’économie.

C’est dans cette perspective, qu’il importe pour le gouvernement luxembourgeois de participer régulièrement à des missions et forums économiques. Il faut se montrer sur le plan international pour mettre le Luxembourg à l’ordre du jour des décideurs économiques et des investisseurs internationaux. Après cette première étape, il faut encore savoir convaincre. Et pour convaincre, il faut être crédible et efficace. C’est tout l’enjeu de la politique de promotion territoriale.

Ceci m’amène tout naturellement au deuxième volet de notre stratégie de développement économique, à savoir une politique spatiale intelligente de création de pôles de développement économique et de zones d’activités appropriées sur laquelle j’aimerais particulièrement insister en tant que ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire.

Depuis les années 1950, le Luxembourg pratique non seulement une politique active de diversification économique, mais également de rééquilibrage territorial de l’activité économique. En effet, jusque là l’activité économique était surtout concentrée dans le bassin minier en ce qui concerne l’industrie lourde, la sidérurgie, et dans la capitale pour les activités tertiaires. Des premières tentatives fructueuses de diversification et de redéploiement industriels furent menées avec l’installation dans les années 1950 de Goodyear à Colmar-Berg au Nord de la capitale et de Dupont de Nemours à l’Est de cette dernière.

Lorsqu’au cours des années 1970 et début 1980, l’activité sidérurgique a connu une grave crise résultant dans la fermeture de certains sites de production, mais surtout dans une réduction massive des emplois et ainsi à un sensible affaiblissement du poids économique du bassin sidérurgique, la capitale, grâce à l’éclosion du secteur financier, est définitivement devenu le premier pôle économique du pays. La spectaculaire montée en puissance des banques, cumulée au développement des institutions européennes, du commerce et de l’administration a en effet rapidement conféré à la capitale et subsidiairement à certaines communes limitrophes une situation de domination économique avec nettement plus d’emplois que d’habitants.

Au cours des années 1990, cette évolution a fait de Luxembourg-Ville non seulement le pivot de l’économie luxembourgeoise, mais également le moteur économique de toute la Grande Région, c’est-à-dire d’un espace situé entre le Rhin et la Meuse, à cheval sur la France, la Belgique et l’Allemagne, de plus de 65.000 km2 et dépassant les 11 millions d’habitants.

Toutefois, si cette évolution a sans aucun doute confié un pouvoir de rayonnement international, notamment sur le plan économique, à la capitale luxembourgeoise, elle a également engendré un grave déséquilibre spatial résultant dans une flambée des prix du foncier et une explosion du trafic routier avec un risque non négligeable de baisse de la qualité de vie à moyen terme.

C’est pourquoi, depuis la deuxième moitié des années 1990, le gouvernement luxembourgeois multiplie ses efforts en vue d’une décentralisation de l’activité économique et mise, entre autres, résolument sur la carte de la reconversion des friches industrielles. Ces efforts se concentrent au cours de cette première phase d’un processus qui va prendre plusieurs décennies sur le site de Belval partagé entre la deuxième ville luxembourgeoise Esch-sur-Alzette et la commune de Sanem, à la frontière de la France. Il s’agit d’un projet phare ambitieux visant à créer sur ce site de quelque 120ha 20.000 emplois, notamment dans le tertiaire supérieur et la recherche, ainsi que des logements pour 8000 habitants. Ce projet est une première dans le sens où, de par sa nature résolument volontariste et aménagiste, il cherche pour la première fois à implanter des activités tertiaires de pointe en dehors de la capitale et de sa périphérie immédiate. Ainsi la nouvelle et unique université du pays y sera majoritairement établie.

Beval est en train de devenir une réalité et de constituer ainsi, à côté du plateau de Kirchberg et du sud-ouest de la Ville de Luxembourg avec le "Ban de Gasperich" et la "Porte de Hollerich", le troisième grand pôle de développement tertiaire du pays.

Pourtant, les efforts ne s’arrêtent pas là. Actuellement nous avons entamé un processus de planification visant à faire de ce qu’on appelle la ville du Nord, la "Nordstad", autour des petites villes d’Ettelbruck et de Diekirch, la troisième agglomération urbaine du pays. Ceci implique également d’y créer un nouveau centre urbain avec, là aussi, des implantations d’activités tertiaires réservées jusqu’il y a peu à la seule capitale.

Il est évident que les efforts faits au niveau de ces pôles de développement ne se limitent pas aux seuls aspects économiques. En effet, il s’agit d’y réaliser un urbanisme intégré de grande qualité et de nature durable de manière à fournir également un environnement urbain attrayant aux activités économiques et aux actifs.

A cette fin, la recherche d’une haute qualité architecturale et urbanistique, d’une mixité des fonctions urbaines ainsi que d’une desserte de haut niveau par les transports en commun guide le développement de ces pôles.

Mais à côté de ces pôles de développement surtout tertiaires, le Luxembourg s’efforce également de créer un environnement propice à l’implantation d’activités artisanales et industrielles.

A cette fin, de nouvelles zones industrielles nationales, situées en partie sur d’anciens terrains sidérurgiques en friche, sont en phase de création. Ces zones à vocation résolument industrielles seront complétées par de nouvelles zones d’activités régionales avec lesquelles elles formeront l’épine dorsale des efforts de planification menés dans le cadre du plan directeur sectoriel des "zones d’activités économiques."

Les objectifs principaux de cet important plan pour le futur développement économique du pays sont les suivants :

  • Définir le cadre spatial du développement économique à long terme;
  • Soutenir le modèle de développement spatial préconisé dans les documents cadres de l’aménagement du territoire;
  • Optimiser la consommation des surfaces à des fins d’activités économiques et la génération de trafic;
  • Fournir une sécurité de planification à long terme aux investisseurs économiques;
  • Prévoir des infrastructures d’accueil pour l’implantation et le développement des entreprises ayant des besoins spécifiques;
  • Proposer des instruments de financement attrayants du développement des zones d’activités économiques;
  • Éviter au mieux les conflits entre l’environnement naturel et humain.

Ce plan sera élaboré jusqu’en 2008 et il fournira le cadre du développement spatio-économique très dynamique de notre pays. Ce cadrage est, en effet, indispensable dans un pays qui connaît actuellement de forts taux de croissance économique (5 à 6 % par an ; plus de 10.000 nouveaux emplois par an) et sans aucun doute la plus forte croissance démographique en Europe (1,5 % par an).

Face à un tel défi de croissance, il importe donc pour le gouvernement luxembourgeois de se donner les moyens de maîtriser les conséquences territoriales de cette croissance, tout en fournissant un cadre attrayant au développement économique. Ceci implique une approche intégrée du développement spatial et des transports, sachant que c’est surtout sur le plan des transports que les situations d’engorgement risquent de se développer le plus rapidement et de mener ainsi à des conditions de réduction de la mobilité, sinon d’asphyxie et de perte de qualité de vie qui vont finalement à l’encontre d’un cadre sein pour le développement économique recherché.

Dans un pays en rapide développement multi-strate, sauf par sa taille qui restera toujours très réduite, il importe donc de concilier au mieux, d’un côté, la consommation de l’espace lié au développement économique et démographique résultant ainsi qu’à celui des besoins en transports croissants et, de l’autre, la préservation de la qualité de vie et des ensembles paysagers et de récréation nécessaires. Il importe, en somme et au plein sens du terme, de faire en sorte que le développement en cours se fasse sur des bases durables.

Ceci implique notamment et à titre d’exemple une réduction des distances des déplacements ainsi qu’une limitation de la consommation des espaces verts. Les recettes pour y arriver sont connues: mixité des fonctions urbaines de manière à rapprocher habitat et travail, densification du bâti, décentralisation intelligente des activités par la création de pôles de développement secondaires importants et renforcement inconditionnel des transports en commun.

C’est exactement dans cette logique que s’inscrit un projet phare comme celui de Belval, mais c’est aussi dans ce sens que nous nous efforçons de faire évoluer les autres pôles de développement du pays.

Il n’en reste pas moins, que le Luxembourg ne saura pas lui-même fournir tous les ingrédients nécessaires au développement en cours, à commencer par la main d’œuvre. Voilà pourquoi, notre pays connaît actuellement le plus fort taux de travailleurs transfrontaliers en Europe avec pas moins de 130.000 personnes, représentant environ 40% des actifs. Il importe donc pour le Grand-Duché d’être particulièrement ouvert sur le plan socio-économique, tout comme il l’a toujours été aux investissements étrangers depuis la révolution industrielle.

Cette politique d’ouverture doit également se traduire sur le plan territorial ce qui implique de valoriser résolument les espaces frontaliers du pays. Là encore, le projet phare de Belval, situé à la frontière française et qui a d’ailleurs exigé tout récemment un changement de frontières, est exemplaire puisqu’il mise inconditionnellement sur un développement transfrontalier complémentaire.

Plus que jamais, le Luxembourg est lié à la Grande Région (Saar-Lor-Lux, Rhénanie-Palatinat, Wallonie), plus que jamais il doit jouer la carte du transfrontalier. Plurilinguisme, recherche de développement complémentaire et synergétique, échanges transfrontaliers et projets en réseau, notamment dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche, sont autant de mots d’ordre que de nécessités pour le développement futur du Grand-Duché.

Plus que jamais, le Luxembourg, terre frontalière par excellence, doit miser sur la capacité de captage et de polarisation des flux des espaces de passage et de brassage qui sont les siens.

Or, les moyens d’action dont dispose l’État luxembourgeois dans une économie globalisée et libérale sont limités. Parmi eux, la politique spatiale de création de pôles de développement économique en est une que notre gouvernement, ensemble avec les communes luxembourgeoises concernées, entend pleinement jouer pour augmenter l’attrait économique de notre pays et ceci dans un souci de durabilité.

Merci de votre attention.