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Jean Asselborn, Discours à l'occasion de la session commémorative du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, Genève
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Madame la Haut-Commissaire,
Excellences, Mesdames, Messieurs,
Le 10 décembre 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme franchissait une étape essentielle, puisque pour la première fois, une Organisation internationale adoptait un document qui avait valeur universelle. Ce fut aussi la première fois que les droits de la personne humaine et les libertés fondamentales étaient énoncés de façon aussi détaillée.
Aujourd'hui encore, diverses initiatives concourent à renforcer les instruments juridiques existants, sans être nécessairement contraignants. Il en va ainsi des Engagements de Paris et les Principes de Paris qui marquent un tournant dans la lutte contre l’utilisation d’enfants soldats en reconnaissant notamment que la violation des droits de l’enfant est une violation du droit international, et que l’Etat doit non seulement protéger les enfants sur son territoire, mais également tout mettre en œuvre pour exercer une pression constante sur les groupes ou milices armés pour faire libérer les enfants enrôlés.
Je souligne aussi le rôle fondamental de la Cour pénale internationale et l’importance de la lutte contre l’impunité des auteurs de violations des droits de l’Homme, disposant ainsi d’une garantie que les auteurs des crimes particulièrement atroces seront poursuivis et jugés, même en cas de défaillance du système judiciaire de leur pays. Je lance un appel à l’universalité du Statut de Rome.
Je me félicite par ailleurs de constater que le sujet de l’abolition de la peine de mort fait désormais l’objet d’un large débat à l’Assemblée générale des Nations Unies depuis un an. Le nombre de pays ayant aboli la peine de mort, ou ayant décidé d’imposer un moratoire sur l’application de la peine de mort, ne cesse de s’accroître. Notre objectif commun doit clairement être celui de l’abolition universelle de la peine de mort. J’exprime l’espoir qu’avec l’élection du nouveau Président américain, M. Obama, les Etats-Unis tenteront sur ce sujet de suivre une toute nouvelle voie.
Dans diverses négociations ou lors de débats aux Nations Unies, je m’étonne de certaines tentatives de remettre en cause les acquis de conventions antérieures. Cette approche constitue un frein à la mise en œuvre véritablement universelle des droits fondamentaux de la personne humaine, et permet encore à de nombreux Etats de cacher les violations dont ils se rendent responsables derrière le paravent de la souveraineté nationale. En refusant de coopérer avec les organes de l’ONU ou les Conventions internationales, un certain nombre de pays sont en mesure de maintenir des régimes et des pratiques qui font largement fi du respect des droits de la personne humaine.
Par ailleurs, la crise financière et économique ne peut en aucune manière reporter la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le développement à l’horizon 2015. Mon pays, qui est également durement touché par la crise actuelle, ne remet nullement en cause sa politique de coopération au développement dans ce contexte particulièrement difficile. Au contraire, ayant dépassé les 0,92% de son PIB pour l’Aide publique au développement, le Luxembourg vise à atteindre le chiffre de 1% dans les prochaines années. La solidarité doit rester forte lorsque frappent des turbulences de cette ampleur.
Mesdames, Messieurs
Les violations flagrantes des droits de l’homme qui se produisent dans des pays ou des régions en situation de crise appellent souvent une réaction plus énergique de la part des Nations Unies. Le Conseil des droits de l’homme a un rôle essentiel à jouer en la matière, notamment via ses sessions spéciales et je me félicite de constater qu’il y a environ une semaine, la session spéciale du Conseil des droits de l’homme a porté sur la situation difficile dans le Nord-Kivu. Il est primordial de tout faire dans cette région pour que cessent les violences, et plus particulièrement les violences sexuelles. Le viol ne peut être érigé en arme de guerre. Le gouvernement congolais doit prendre ses responsabilités en matière d'enquêtes sur les violations des droits de l'homme et doit veiller à traîner en justice les auteurs de crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.
Afin de mettre un terme à la crise actuelle dans l’est de la RDC, il faut maintenant tout faire pour que les négociations en cours aboutissent et les accords obtenus soient mis en œuvre de manière rapide et efficace. Seule une solution politique peut permettre une pacification durable de la région. Au niveau de l’Union européenne, les ministres des Affaires étrangères ont décidé lundi de soutenir les efforts en cours sur les plans humanitaire, technique et politique. L’assistance européenne devra se faire en étroite coopération avec l’ONU, l’Union africaine et les Etats de la région. L’Union africaine notamment devra jouer un rôle de premier plan dans la résolution de la crise.
Au Zimbabwe, je regrette de voir Robert Mugabe s’éterniser au pouvoir alors que la crise dans ce pays commence à prendre une envergure épouvantable. Je condamne très fermement les attaques continues contre des membres de l’opposition ainsi que l’utilisation d’herbicides et d’autres agents chimiques pour terroriser la population civile. Au bafouement persistant des droits de l’homme et à la crise financière aux proportions inégalées, s’ajoute maintenant l’émergence de l’épidémie du choléra qui a déjà coûté la vie à plusieurs centaines de personnes et qui commence à affecter également les pays voisins. Face à la dégradation continue de la situation au Zimbabwe, j’appelle les Etats de la région à s’inspirer de l’exemple courageux du Botswana et du Kenya pour augmenter leur pression sur M. Mugabe afin de résoudre l’impasse actuelle et éviter un effondrement complet du pays. J’espère qu’après avoir surmonté la crise actuelle, le Zimbabwe, pays au potentiel énorme, puisse retrouver l’espoir, càd. la paix, la dignité et la démocratie.
Je vous remercie.