Jean-Claude Juncker, Discours lors de la séance académique à l'occasion du centenaire de la sidérurgie au Luxembourg

Altesses Royales,
Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames, Messieurs.

L'histoire a ceci de particulier qu'elle impose aux générations d'aujourd'hui les dates autour desquelles s'organisent, peuvent s'organiser, doivent s'organiser la mémoire collective et le souvenir individuel.

Nous célébrons en ce jour le 100e anniversaire de la constitution, déjà par fusion, de l'ARBED ; fusion qui eut lieu le 30 octobre 1911.

Qui dit fusion, rend attentif au fait, aujourd'hui largement oublié, que la création de l'ARBED ne fut en rien le début de la sidérurgie luxembourgeoise. Faut-il rappeler que le premier haut fourneau luxembourgeois fut construit en 1609 au Gréngewald à Dommeldange? Faut-il rappeler que les frères Metz, grand nom de la sidérurgie luxembourgeoise, ont fondé en 1846 les forges d'Eich et quelques années plus tard l'usine de Dommeldange?

Mais le véritable essor, le véritable envol de la sidérurgie luxembourgeoise commença avec la constitution de l'ARBED. Dès le premier jour, il y avait comme un contrat entre l'ARBED et la sidérurgie, entre l'ARBED et le pays. Un contrat qui faisait que, pendant de très longs moments l'ARBED et le Grand-Duché formaient un ensemble aux éléments constitutifs, souvent indistincts et toujours inséparables.

Les deux, le pays et l'ARBED ont vécu l'histoire aux mêmes moments et ensembles: deux guerres mondiales, l'une plus meurtrière que l'autre; deux reconstructions, la deuxième plus exigeante que la première; deux rêves qui risquaient l'exécution par les armes ennemies; de multiples et souvent douloureuses restructurations et mutations qui ne sont pas arrivées à leurs termes.

Deux espoirs aussi, lorsque l'Europe sidérurgique s'est mise en place en 1952 avec la création de la CECA, la création du grand marché européen, le lancement de la monnaie unique, qui tous les deux, marché intérieur et monnaie unique, ont permis et ont facilité l'écoulement de nos produits sidérurgiques.

De grands espoirs aussi, lorsque, après les bouleversements intervenus à la fin des années 1980 dans la partie est de l'Europe, la géographie et l'histoire européenne se sont réconciliées, mettant ainsi un terme à ce funeste décret de l'après-guerre qui voulait que l'Europe, que son économie, que ses hommes, et que ses nations devaient rester séparés à tout jamais.

Les Luxembourgeois ont toujours considéré leur sidérurgie comme un pont essentiel de leur pavillon, comme une 4e couleur nationale, en quelque sorte. Lorsque l'ARBED florissait, le pays avançait. Lorsque l'ARBED était en difficultés, le pays entier partageait les angoisses des sidérurgistes et prenait une part active dans le redressement de la société.

La sidérurgie luxembourgeoise n'existerait pas sans le concours d'une double volonté, dont l'une fut européenne et l'autre nationale. La volonté fut européenne parce que l'Europe communautaire imposait aux pays et aux entreprises européennes les mêmes règles de restructuration et de financement. Exigences communautaires qui nous protégeaient, parce que nous étions dans le paysage économique et sidérurgique européen le maillon le plus faible.

Volonté nationale aussi, qui venait compléter la volonté européenne et qui trouva sa plus noble expression dans un énorme élan d'effort et de volonté et de solidarité nationale.

Le pays, oui, il doit beaucoup à l'ARBED et à la sidérurgie, parce que sa capacité de faire et de produire, sa force innovatrice, ses performances incessantes, ses succès ont fait que cet ensemble a alimenté plus que tout autre ensemble notre bien-être collectif et individuel. Mais l'ARBED et la sidérurgie – l'ARBED devenue Arcelor, et Arcelor devenu ArcelorMittal – doivent beaucoup au pays et aux habitants de ce pays.

Lorsque l'ARBED allait moins bien, lorsque ses modes de financement furent asséchés, le pays tout entier, dans un élan de solidarité nationale, a contribué à la remise sur pied de l'ARBED. Que les dirigeants d'aujourd'hui s'en souviennent, qu'ils se souviennent du contrat qui fut et qu'ils se souviennent du contrat qui est et du contrat qui reste.

En produisant de l'acier, le Luxembourg a su échapper à l'ordinaire des petites nations. Nous voulons rester, grâce notamment à notre sidérurgie séculaire, une grande petite nation, une nation dont la voix reste audible dans l'immense océan des nations.

Je veux rendre aujourd'hui hommage aux dirigeants de l'entreprise, qu'ils aient été luxembourgeois ou non luxembourgeois, qui au cours d'un siècle ont avec talent permis à notre sidérurgie d'aller de succès en succès. Je veux surtout rendre hommage à ceux qui avec courage et détermination ont présidé à la restructuration et au passage de notre sidérurgie aux temps modernes.

Et je voudrais, pour tant d'autres, rendre un hommage particulier à Jupp Kinsch, que je salue respectueusement parmi nous.

Je veux rendre surtout hommage aux salariés de l'entreprise, à ce long cortège des ouvriers et des employés qui ont fait don du meilleur d'eux-mêmes en investissant leur faculté, leur talent, leur énergie dans cette entreprise, et donc dans l'essor collectif de notre pays. Le pays est fier de ces centaines de milliers d'hommes et de femmes qui ont forgé le Luxembourg moderne. Sans eux rien n'aurait été possible.

An esou ass dat hei zu Lëtzebuerg, datt mir ouni d'Siderurgie net dat hätte kënne gi wat mir haut nach sinn. An nëmmen deen, dee weess wéi et war a wat Méien a wat Péng waren, vun deenen déi am Ufank vun der Geschicht vun der ARBED hir Aarbechtskraaft heihinner bruecht hunn, nëmmen deen, dee weess wéi et haut ass, well och haut ass et net ëmmer einfach, deen erhält sech e Bléck fir déi Zäit déi kënnt.

An hei ass eng extra Plaz, op där mir haut stinn, well op Belval zesummeleeft wat war, un deem geschafft gëtt wat ass a vun deem gedreemt gëtt wat ka kommen a wat komme muss. Hei ass esou laang esou schwéier geschafft ginn, an hei entsteet e wichtegt Stéck neit, modernt, net nëmme frësch ugestrachent, mä nei geduechtent, frësch entworfent Lëtzebuerg.

D’Universitéit, muer geet de Lycée vu Belval op, vill aner Realisatioune sinn amgaang Form unzehuelen.

Hei ass eng Plaz déi, fir een deen aus dem Minett kënnt, alles anescht wéi eng neutral Plaz ass. Hei ass eng Plaz déi am Liewen eng Roll gespillt huet. Eis Schmelzen hunn eiser Landschaft, där éischter rudimentärer, Minetter Landschaft en extrae Profil ginn. De Stempel opgedréckt. Hei si Leit grouss ginn, och wa si haut net méi am Minett liewen, déi ouni déi Musek vun der Schmelz, ouni dat Nolauschteren an déi Musek vun der Schmelz eran, ni hätte Mënschebiller fir sech selwer kënne formen an ni hätte kënnen Iddien a Gedanke fir d'Liewe kréien, déi si nëmme konnten hei kréien.

Ech sinn e puer Honnert Meter vun hei opgewuess. Et war eng schéin Zäit an ech hoffen och, datt se schéi bleift.

Vive eis Siderurgie a vive eist Land.

Membre du gouvernement

JUNCKER Jean-Claude

Organisation

Ministère d'État

Thème

Histoire

Date de l'événement

15.09.2011

Type(s)

Conférence Colloque