Jean Asselborn, Discours à l'occasion de la session d'ouverture de la réunion ministérielle de l'Union africaine, Addis Abeba, Éthiopie

Monsieur le Président,
Messieurs les Ministres,
Excellences,
Chers collègues,

C’est un grand honneur pour moi de pouvoir prendre la parole devant vous en cette occasion.

J’ai déjà eu l’honneur de m’adresser à l’Assemblée des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine, il y a deux ans, presque jour pour jour, le 31 janvier 2010. A l’époque, le Luxembourg venait d’accréditer son premier Représentant Permanent auprès de l’Union africaine. Il s’agissait alors d’un Représentant non-résident. Aujourd’hui, je suis fier et heureux de vous annoncer que nous avons franchi un pas supplémentaire dans le renforcement de notre relation avec l’Union africaine et les pays qui la composent. En effet, le Luxembourg est désormais physiquement présent à Addis-Abeba, où nous venons d’ouvrir une mission diplomatique qui fait office non seulement de Représentation Permanente auprès de l’Union africaine mais également d’Ambassade bilatérale auprès de l’Ethiopie. L’implantation physique du Luxembourg à Addis-Abeba témoigne de la volonté luxembourgeoise de renforcer ses relations politico-diplomatiques, économiques et culturelles avec le continent africain, ceci en complément de son traditionnel partenariat pour le développement et la coopération.

Mais revenons au sujet qui a été retenu comme thème de cette session du Conseil Exécutif: "l’intensification du commerce intra-africain". Il est évident qu’en ces temps de turbulences économiques et financières, le sujet revêt une importance toute particulière. Je ne doute pas, Chers collègues, que vous allez adopter et mettre en œuvre les orientations qui permettront d’avancer sur cette voie prometteuse. Je tiens à vous faire part ici de la volonté du Luxembourg de soutenir tous les efforts visant à contribuer à la réalisation de cet objectif. Je tiens également à rappeler que, en tant qu’acteur engagé, responsable et solidaire, le Luxembourg a d’ores et déjà pris des initiatives allant dans ce sens, que ce soit en s’engageant dans la promotion des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) en Afrique (1), en développant des programmes d’appui à la micro-finance (2), en apportant sa contribution à la promotion de la paix et de la sécurité en Afrique (3) et bien sûr en apportant une contribution substantielle en faveur du développement de l’Afrique (4). Permettez-moi de revenir brièvement sur ces quatre domaines dans lesquels le Luxembourg a mis en place un partenariat fort avec l’Afrique.

(1) Premièrement, permettez-moi de parler de l’engagement du Luxembourg en faveur de la promotion des TIC en Afrique. Il est certain que l’intensification du commerce intra-africain nécessite des moyens de communication rapides et fiables à l’échelle du continent africain. Dans ce contexte, je ne peux que me réjouir du fait que mon pays – qui jouit depuis de nombreuses années d’une solide réputation en tant que centre audiovisuel et de services associés - contribue au développement des technologies de l’information en Afrique. J’avais pris cet engagement en 2010 devant l’Assemblée des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine. Aujourd’hui, je suis heureux de pouvoir constater devant vous que cet engagement n’est pas resté lettre morte puisque quatre projets majeurs ont en effet été lancés en matière de développement des TIC en Afrique avec un apport significatif de la coopération luxembourgeoise:

  • Il s’agit tout d’abord du programme "eHealth for Sub-Saharan Africa Programme" (eHSA).
  • Il s’agit également du projet "African Internet Exchange System" (AXIS) dont le but est de mettre en place une infrastructure Internet robuste à l’échelle du continent africain.
  • Il s’agit ensuite d’un projet qui a permis de fournir une assistance technique à l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) dans le secteur des technologies de l’information et de la communication.
  • Il s’agit en outre de la plateforme "Emergency.lu", qui vise à déployer rapidement des moyens de communication. Cette plateforme de télécommunications globale intégrée est conçue pour aider la communauté humanitaire et les équipes de protection civile sur le terrain à (r)établir les services de télécommunications pour assurer une communication et une coordination efficaces aux équipes de secours. La plateforme fournit l’infrastructure et la capacité satellitaires, des terminaux de communication et la logistique nécessaire à un déploiement rapide. Elle vient d’effectuer son premier déploiement opérationnel au Soudan du Sud avec le Programme alimentaire mondial (PAM). Si pour l’instant, la plateforme a principalement vocation à être déployée suite à des catastrophes naturelles ou à des crises provoquées par l’homme, il n’est pas exclu que la plateforme trouve à s’appliquer dans d’autres situations et nous sommes d’ailleurs ouverts à toute proposition de votre part à ce sujet.
  • Il s’agit enfin d’un projet en matière de e-regulation, mis en œuvre par la CNUCED, L’objectif est de créer un guichet unique afin de réduire la complexité des formalités administratives pour les entreprises, en particulier pour les micro et petites entreprises (MPE) et de favoriser ainsi la création d’entreprises. Ce faisant, cette initiative facilite également l’investissement national et étranger dans des activités génératrices d’emplois et de revenus.

L’engagement du Luxembourg en faveur du développement des TIC en Afrique est donc bien réel. Soyez assurés que le Luxembourg souhaite poursuivre ce partenariat avec l’Afrique et est ouvert à toute proposition visant à intensifier encore plus sa coopération avec l’Afrique dans ces activités essentielles pour le développement tant économique que social.

(2) Deuxièmement, il est certain que l’intensification du commerce intra-africain va de pair avec le développement des finances inclusives. Dans ce contexte, je suis fier de constater que le Luxembourg, place financière connue et reconnue, s’engage pour appuyer le secteur financier, que ce soit par des formations en matière financière, à travers l’Agence de Transfert de Technologie Financière (ATTF), ou par le soutien à des projets, à l’instar du projet développé en collaboration avec la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) dans le but d’appuyer la micro-finance dans les huit pays de la zone de l’UEMOA. Au cours des dernières années, Le Luxembourg s’est affirmé comme un centre d’excellence à l’échelle mondiale en matière de micro-finance et est tout à fait disposé à partager son savoir-faire en la matière.

(3) Troisièmement, il me semble évident que pour promouvoir le commerce et l’économie, la paix et la sécurité sont deux préalables incontournables. Je tiens ici à souligner l’engagement de longue date de mon pays en faveur de la paix et de la sécurité en Afrique.

Le Luxembourg est un pays qui entend assumer ses responsabilités également dans ce domaine, notamment dans le contexte d’opérations sous mandat international, le cas échéant. Actuellement, le Luxembourg est présent en République Démocratique du Congo dans le cadre de la mission EUSEC RDCongo. Le Luxembourg met également à disposition deux avions de surveillance et de reconnaissance dans le cadre de l’opération maritime de l’UE (EU NAVFOR ATALANTA) destinée à lutter contre le phénomène de la piraterie en Somalie et a participé à la mission de formation des forces de sécurité somaliennes (EUTM Somalia).

En outre, le Luxembourg contribue financièrement aux divers Fonds fiduciaires du Département des opérations de maintien de la paix et du Département des Affaires politiques de l’ONU. Le Luxembourg a par ailleurs été membre de la Commission de consolidation de la paix (CCP) de l’ONU de 2007 à 2009 et reste très engagé pour les questions de consolidation de la paix au sein des instances de l’ONU. Le Luxembourg est en effet un contributeur régulier au Fonds pour la consolidation de la paix (PBF), membre de la formation Guinée-Bissau depuis juillet 2010 et Président de la formation Guinée de la Commission de consolidation de la paix, ceci depuis février 2011.

Par ailleurs, nous avons également amorcé une coopération spécifique avec la Commission de l‘Union africaine en matière de réforme du secteur de la sécurité, en contribuant financièrement à l’organisation d’une réunion d’experts africains qui a permis d’examiner le Projet de Cadre d’action politique de l’UA sur la réforme du secteur de la sécurité (RSS). Je me félicite tout particulièrement du fait que cela ait contribué à l’émergence d’une approche africaine de la réforme du secteur de sécurité.

(4) Quatrièmement, il est certain que l’intensification du commerce intra-africain va de pair avec le développement de l’Afrique. Dans ce contexte, je suis particulièrement fier que mon pays figure parmi les rares pays qui respectent l’engagement pris en 1970 au sein de l’Assemblée générale des Nations unies de consacrer au moins 0,70% de leur RNB au développement. Le Luxembourg a ainsi contribué 1,05% de son RNB à l’aide au développement en 2010 et se situe dès lors dans le peloton de tête sur le plan international. Malgré la situation économique, le Luxembourg a décidé de maintenir son aide au développement à ce niveau. Je suis donc fier de pouvoir confirmer ici que nous poursuivrons notre engagement en la matière.

Excellences,
Mesdames, Messieurs

Permettez-moi de vous assurer que vous pourrez compter sur le soutien du Luxembourg, un partenaire engagé, responsable et solidaire, pour poursuivre et intensifier notre partenariat, que ce soit avec les Etats africains individuellement ou par le biais de l’Union africaine et des organisations sous-régionales.

Je vous remercie pour votre attention.

Membre du gouvernement

ASSELBORN Jean

Date de l'événement

26.01.2012