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Jean Asselborn dans le cadre de la réunion de haut niveau de l'Assemblée générale des Nations unies sur l'évaluation du plan d'action mondial des Nations unies pour la lutte contre la traite des personnes
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Les deux derniers siècles ont abouti à l’abolition de l’esclavage. Notre siècle devra venir à bout de la traite des personnes qui, en ce moment même, sur tous les continents, maintien des millions d’enfants, d’hommes et de femmes dans un état de servitude. Dans ce nouveau combat, l’Organisation des Nations unies doit pleinement jouer son rôle. La réunion de haut niveau d’aujourd’hui nous offre une excellente occasion de faire le point sur les avancées du plan d'action mondial des Nations unies pour la lutte contre la traite des personnes adopté en juillet 2010. Je tiens à remercier les représentants permanents de l’Autriche et du Cap-Vert pour avoir facilité la préparation de cette importante réunion. Le plan d’action mondial des Nations unies s’inscrit dans la continuité des actions entreprises au niveau de l’ONU pour l’éradication de ce fléau, notamment du Protocole additionnel à la Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants – protocole dont nous célébrons cette année le dixième anniversaire de l’entrée en vigueur et qui a été ratifié par plus de 150 pays.
Mais en dépit de l’engagement continu de la communauté internationale, la traite des personnes reste un problème d’ampleur mondiale qui, malheureusement, est loin d’être éradiqué. Selon l’Organisation internationale du Travail (OIT) près de 21 millions de personnes sont actuellement assujetties au travail forcé de par le monde, parmi lesquels se trouvent également les 2,5 millions de victimes de la traite des personnes. Ce sont les femmes qui paient le tribut le plus lourd, puisqu’elles représentent 60% des personnes victimes de la traite. Si l’on ajoute à ce chiffre les 17% de filles mineures et les 10% de jeunes garçons, on constatera que ce sont les êtres les plus vulnérables qui en sont les premières victimes. Des criminels mus par l’appât du lucre exploitent sans scrupules l’innocence et la confiance des enfants et font commerce de l’espoir d’une vie meilleure de femmes et d’hommes. Une telle injustice doit nous révolter.
Les sortes d’exploitations auxquelles sont soumis ces êtres humains sont variées et peuvent changer en fonction de la région dans laquelle elles ont lieu. En Europe et sur le continent américain, la traite des personnes a principalement pour objet l’exploitation sexuelle ; en Afrique et au Moyen-Orient, elle concerne majoritairement le travail forcé. Le trafic d’organes ou le recrutement forcé en tant que soldats sont d’autres fins de cet esclavage moderne. Malgré la variété des situations, on remarquera qu’aucun pays n’est à l’abri de ce fléau. Tous y jouent un rôle ; tantôt comme pays d’origine, tantôt comme pays de transit ou de destination.
C’est pour cette raison que notre action doit se décliner à plusieurs niveaux et intégrer à la fois une approche nationale, régionale et internationale. Il est donc essentiel que tous les Etats membres de l’ONU s’engagent dans la lutte contre la traite des personnes, en ratifiant et en mettant en oeuvre à titre prioritaire la Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée et son Protocole additionnel visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants. Le Luxembourg a pour sa part approuvé en juillet 2012 et ratifié en septembre 2012 le 2e Protocole additionnel à la Convention de Palerme contre le trafic illicite de migrants par terre, mer et air, ce qui complète notre cadre légal national de lutte contre la traite des êtres humains.
Le rapport mondial sur la traite des personnes 2012, publié par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), fournit des informations très utiles sur les caractéristiques et les flux de la traite des personnes par région. L’un des enseignements de ce rapport est que la plupart des traites de personnes a lieu à l’intérieur d’une même région. Il importe donc que les organisations régionales soient également impliquées dans la lutte contre la traite des personnes et qu’elles prennent leurs responsabilités en la matière. Le représentant de l’Union européenne détaillera tout à l’heure les mesures qui sont prises au sein de l’Union européenne. Qu’il me soit permis de ne citer ici que la stratégie de l'UE en vue de l'éradication de la traite des êtres humains pour la période 2012-2016 qui s’articule autour de cinq priorités, dont la première est la protection et l’assistance aux victimes.
En effet, les victimes doivent être au centre de toute politique de lutte contre la traite des personnes. Elles ont besoin d’être encadrées pour surmonter leurs séquelles physiques et psychiques et elles doivent être prises en charge médicalement à travers la prestation des soins de santé et d’un appui psychologique adapté. Permettez-moi de saluer également dans ce contexte le travail combien important de la société civile. Il n’en est que plus normal qu’elle continue à être associée au travail que nous menons ici.
L’assistance et la réintégration des victimes de la traite des personnes nécessitent également le soutien financier des Etats membres. Depuis son lancement en novembre 2010, le Luxembourg a été parmi les premiers pays à apporter son soutien financier au Fonds de contributions volontaires des Nations unies pour venir en aide aux victimes de la traite des personnes, en particulier les femmes et les enfants.
Monsieur le Président,
La traite des êtres humains est un phénomène transnational complexe dont les causes sont multiples mais qui toujours se nourrit de la vulnérabilité des victimes. Celle-ci peut être due à la pauvreté, à l'inégalité des sexes ou à toute forme de discrimination. Elle peut être accentuée par des situations de conflit, comme c’est le cas pour les enfants recrutés comme soldats ou utilisés comme esclaves sexuels, ou dans des situations post-conflit où femmes et enfants sont souvent livrés à eux-mêmes.
J’espère en tous cas que les discussions qui auront lieu dans le cadre de cette réunion de haut niveau permettront de faire progresser les réflexions sur les meilleurs moyens de lutter contre la réalité révoltante qu’est la traite des personnes.
Je vous remercie de votre attention.