Jean Asselborn au Conseil de sécurité des Nations unies dédiée à la Syrie

Monsieur le Président,

La résolution que nous venons d’adopter à l’unanimité est un jalon historique. Elle contient des éléments forts et précis pour contraindre la Syrie à respecter ses obligations, pour empêcher que l’arme chimique ne soit, une nouvelle fois, utilisée en Syrie.

Le Conseil de sécurité a ainsi mis en place un mécanisme robuste, engendrant des obligations juridiquement contraignantes par le biais de mesures de vérification rigoureuses. L’objectif est clair. Il ne saurait prêter à équivoque. La Syrie se doit de coopérer pleinement avec l’OIAC, avec les Nations Unies, en vue du démantèlement de son programme d’armes chimiques dans les délais les plus rapprochés.

Si les autorités syriennes respectent pleinement leurs obligations, cette résolution permettra d’éliminer l’un des plus importants programme d’armes chimiques dans le monde par des moyens non-militaires. Nous avons tous été témoins, il y a un mois, du terrible massacre à l’arme chimique dans les banlieues de Damas. Ce qui s’est passé le 21 août, chacun d’entre nous a pu le voir de ses propres yeux sur des dizaines de vidéos, des images insoutenables de l’agonie des victimes, de dizaines de cadavres d’enfants alignés. Il importe que de tels événements ne se reproduisent plus jamais.

Cette résolution constitue également une percée sur le plan normatif. Pour la première fois, le Conseil de sécurité détermine que l’emploi d’armes chimiques, où qu’il advienne, représente une menace à la paix et à la sécurité internationales. Ceci autorisera le Conseil de sécurité à se saisir automatiquement de cette question à l’avenir. Il s’agit là d’une avancée significative.

La résolution innove également sur un autre point critique. Pour la première fois, le Conseil de sécurité a pu se mettre d’accord pour endosser le communiqué de Genève du 30 juin 2012, appelant à la création d’un organe de gouvernement transitoire doté des pleins pouvoirs exécutifs en Syrie.

L’adoption de cette résolution, aussi importante soit-elle, ne mettra pas fin à la guerre, ni aux énormes souffrances des populations syriennes. A terme, les défis d’ordre humanitaire et sécuritaire ne pourront se résoudre autrement que par une issue politique négociée à la crise. La Syrie doit s’engager dans un processus de transition politique qui réponde aux aspirations de tous les Syriens.

Par conséquent, nous encourageons toutes les parties concernées à mettre à profit la dynamique positive créée sur le dossier des armes chimiques pour avancer enfin vers une cessation des hostilités, vers la tenue de Genève II, et vers la nécessaire transition politique en Syrie. Tout délai n’entraînera que plus de morts, plus de souffrances.

Monsieur le Président,

Si l’attention s’est portée à juste titre ces derniers jours sur la question des armes chimiques, nous ne pouvons, nous ne devons pas oublier la catastrophe humanitaire qui continue de se dérouler en Syrie et dans les pays voisins, en particulier au Liban et en Jordanie, mais aussi en Iraq et en Turquie.

Permettez-moi de citer le Haut-Commissaire pour les réfugiés, António Guterres : « La Syrie est devenue la grande tragédie de ce siècle – une calamité humanitaire indigne avec des souffrances et des déplacements de populations sans précédent dans l’histoire récente ». Les Syriens ont besoin d’assistance, maintenant. Et ils y ont droit en vertu des critères d’humanité les plus élémentaires codifiés dans le droit international humanitaire. Il est urgent que la Syrie réponde aux demandes des acteurs humanitaires, qu’elle facilite l’accès immédiat, libre et sans entrave aux populations affectées.

Il est urgent de lever les obstacles bureaucratiques, d’assurer l’acheminement des fournitures médicales, d’établir des pauses humanitaires, d’ouvrir des routes humanitaires et de permettre l’accès transfrontalier et à travers les lignes de front aux populations affectées.

Avec l’Australie, le Luxembourg s’emploie à amplifier les demandes des acteurs humanitaires aux parties au conflit en Syrie, à les ancrer dans un message commun de ce Conseil. Nous espérons que ces efforts aboutiront très prochainement avec l’adoption d’un texte fort sur l’humanitaire. Le Conseil de sécurité doit assumer ses responsabilités sur ce point également.

En conclusion, permettez-moi de réitérer notre conviction que les auteurs des crimes perpétrés le 21 août dernier, et ceux à l’origine de toutes les autres atrocités commises en Syrie depuis le début des hostilités, doivent être tenus responsables de leurs actes. Le moment est venu de référer enfin la situation en Syrie à la Cour pénale internationale.

Je vous remercie de votre attention.

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