Etienne Schneider au sujet de la table ronde sur l'acier qui s'est déroulée à Bruxelles

Maurice Fick: Pour quelle raison Lakshmi Mittal n'était-t-il pas présent à cette réunion alors que vous (Etienne Schneider, Jean-Claude Marcourt et Arnaud Montebourg, ndlr) l'aviez demandé expressément par écrit?

Etienne Schneider: Je ne connais pas la raison. Nous étions d'ailleurs un peu déçus. Nous voyons ça un peu comme du mépris envers les gouvernements.

Maurice Fick: Quel est votre sentiment en sortant de cette table ronde?

Etienne Schneider: Il se trouve que cette réunion était extrêmement positive. Depuis des mois, on plaide en faveur d'une politique industrielle: cette fois, on a réussi à élaborer un papier et autour d'une même table, se sont retrouvés les patrons, les syndicats, les gouvernements, la Commission et le Parlement européens. C'est un très bon signe! On s'est mis d'accord sur un papier destiné à améliorer la situation dans la sidérurgie en Europe et industrie en général. Les mesures décidées aujourd'hui vont dans la bonne direction. Il faut maintenant veiller que ce texte ne reste pas lettre morte.

Maurice Fick: Quels sujets avez-vous précisément abordé?

Etienne Schneider: On a abordé beaucoup de sujets: celui du prix de l'énergie qui doit s'orienter à la baisse, d'une approche sectorielle pour les émissions de dioxyde de carbone, des investissements plus importants dans la recherche et le développement et d'une élimination de réglementations excessives. Mais aussi: comment imposer des critères minimums en matière d'environnement et au niveau social, pour l'importation de produits sidérurgiques en Europe, qui a aujourd'hui un désavantage remarquable par rapport à d'autres pays, d'Asie notamment, qui n'ont pas toutes ces normes à respecter. On veut demander la réciprocité à ces pays et voir par quel biais imposer des critères minimums afin de pouvoir importer librement en Europe.

Maurice Fick: La table ronde a-t-elle permis de faire émerger un consensus parmi les décideurs politiques?

Etienne Schneider: On s'est vraiment mis d'accord qu'il faut une politique industrielle d'Europe! On ne veut plus rester inactifs et voir comment l'industrie file. Maintenant il s'agit de trouver les compromis entre les différents Etats membres pour mettre sur papier une stratégie pour l'Europe. C'est un très bon début. Reste à voir les détails avec les gouvernements de l'UE pour transposer ces mesures en droit européen et national.

Maurice Fick: Quel avenir pour l'Europe propose l'entreprise ArcelorMittal?

Etienne Schneider: Ils ont annoncé qu'ils voulaient davantage investir, créer des emplois supplémentaires et de la croissance en Europe. C'est ce qu'ils ont annoncé... J'étais un peu étonné car on observe plutôt le contraire au Luxembourg, en Belgique et en France.

Maurice Fick: Et maintenant?

Etienne Schneider: Avec les ministres français et belge, nous allons écrire une lettre à la Commission pour la remercier de l'initiative, maintenir la pression et demander des détails d'avancements dans ce dossier. On a aussi dit que nous voulions nous revoir assez vite peur donner suite à toutes ces propositions. Mais nos trois gouvernements se sont promis de maintenir la pression sur le dossier.

Maurice Fick: Avec ou sans Lakshmi Mittal?

Etienne Schneider: Il faut absolument discuter avec Lakshmi Mittal aussi. D'autant que ce qu'on a proposé dans ce texte est en faveur de la sidérurgie en général.