Coalition, crise sociale, popularité: Luc Frieden revient sur son mi-mandat

Interview avec Luc Frieden dans Paperjam

Interview: paperjam.lu (Maëlle Hamma, Marc Fassone)

 

Paperjam: Le titre de l'accord de coalition est clair: rendre le Luxembourg plus fort pour l'avenir. Aujourd'hui, où sommes-nous plus forts? Quel indicateur montre que votre politique fonctionne?

Luc Frieden: Je suis très satisfait du travail fait pendant ces deux années pour plusieurs raisons. La première est la grande cohérence de la politique gouvernementale. Les deux partis de la majorité sont alignés pour faire avancer le pays.

Le deuxième indicateur est la croissance économique qui, bien que faible, est de retour, alors que lorsque nous avons commencé, nous étions face à une récession et à une stagnation. Nous avons eu un demi-point de croissance en 2024 et 1% en 2025. Nous allons tout faire pour poursuivre cette dynamique, car la croissance est synonyme d'emploi et de recettes fiscales.

Troisième indicateur: nos mesures pour renforcer la cohésion sociale, comme la prime d'énergie ou l'allocation de vie chère.

Quatrième indicateur: nous avons beaucoup plus d'énergies renouvelables que par le passé.

Dernier point, la sécurité, extérieure d'abord en investissant davantage dans la défense. Pour la sécurité intérieure, nous avons recruté plus de policiers et introduit la police locale. Énormément a été fait, et il reste beaucoup à faire.

Paperjam: À ce stade du mandat, êtes-vous là où vous pensiez être?

Luc Frieden: On aimerait toujours que cela aille plus vite, mais la démocratie nécessite le débat. Je trouve que nous avons déjà bien avancé.

Paperjam: Après la crise sociale de l'été, le gouvernement n'aurait plus, selon certains, de marge pour mener de nouvelles réformes. Ont-ils raison?

Luc Frieden: Cela ne correspond à aucune réalité. Je remarque que la réforme des pensions, bien qu'étant un exercice politiquement difficile — ce que nous savions —, est la première depuis 13 ans. Beaucoup d'autres pays européens n'ont pas réussi. Nous avons mené une réforme structurelle et continuons les discussions pour moderniser le droit du travail. Le ministre du Travail, Marc Spautz, est très impliqué dans les discussions avec les syndicats et les employeurs.

Paperjam: Vous, Luc Frieden, l'homme derrière la fonction, quelles sont vos déceptions et vos fiertés?

Luc Frieden: C'est un honneur et une immense responsabilité de servir comme Premier ministre. Je suis fier que le gouvernement ait réussi à préserver la cohésion sociale et à faire fonctionner la démocratie sans extrêmes, contrairement à d'autres pays.

Il n'y a pas de déception majeure. Certes, l'année dernière fut humainement difficile à cause des débats, mais ils sont nécessaires à une démocratie vivante et sont restés dans ce cadre.

Paperjam: Dans le dernier Politmonitor, votre popularité a drastiquement baissé. Faites-vous un lien avec ces réformes "difficiles"?

Luc Frieden: Il y a forcément un lien, mais l'objectif d'un chef de gouvernement ne peut pas juste être la popularité. Sinon, on ne fait rien du tout. Je crois qu'il est également nécessaire de faire des réformes difficiles, parce qu'elles s'inscrivent dans le long terme. On aurait pu encore attendre trois ou quatre ans avant d'entreprendre la réforme des pensions. Mais nous avons estimé qu'il fallait s'occuper des problèmes qui concernent avant tout les jeunes qui partiront demain à la retraite.

Paperjam: Quelles ont été les autres mesures notables selon vous?

Luc Frieden: Les mesures dans le domaine des énergies renouvelables, le renforcement des droits des femmes... Je crois qu'en général, nous sommes trop focalisés sur des discussions à court terme sans nous occuper des défis à long terme.

Je parlerais aussi de sujets qui me tiennent à coeur: l'innovation et l'intelligence artificielle. Mon gouvernement a adopté trois stratégies sur l'IA, le quantique et les données. Des sujets techniques, mais qui exerceront une influence énorme sur l'avenir du pays.

Paperjam: Y a-t-il un point de l'accord de coalition qui s'avère plus complexe que prévu à mettre en place?

Luc Frieden: Gouverner est toujours difficile, mais aucun sujet ne me semble irréaliste. Ce qui a changé, c'est le contexte géopolitique, imposant un investissement massif dans la défense, non envisagé initialement. Cela impacte évidemment les priorités du gouvernement et les finances publiques. Mais c'est une condition à notre liberté et nous ne le faisons pas au détriment de notre politique sociale.

Membre du gouvernement

FRIEDEN Luc

Organisation

Ministère d'État