Dernière modification le
Selon le ministre Lex Delles, le Luxembourg "ne perd pas de terrain" dans la course mondiale aux talents
Interview avec Lex Delles dans Virgule
Interview: Virgule (Lucrezia Reale)
Virgule: Pensez-vous que le Luxembourg soit toujours "dans la course" dans la compétition internationale pour les talents, ou est-il en train de perdre du terrain face à d'autres pôles financiers et technologiques?
Lex Delles: Le Luxembourg reste une destination très attractive pour les talents internationaux. Tous les pays sont confrontés au même défi: attirer et retenir des professionnels qualifiés.
Nous évoluons bien sûr dans un environnement concurrentiel, caractérisé par une mobilité internationale croissante, mais le Luxembourg continue de se démarquer grâce à une combinaison unique d'atouts: la sécurité, la stabilité politique et économique, un cadre de vie favorable aux familles et un environnement véritablement multiculturel où l'anglais est largement utilisé sur le lieu de travail.
Nous bénéficions également d'un écosystème compact et bien connecté qui permet aux talents d'accéder rapidement aux décideurs, aux opportunités et aux réseaux — ce que les grands pôles ne peuvent pas toujours offrir.
Loin de perdre du terrain, le Luxembourg tire parti de ses atouts et se positionne comme une destination de choix pour les professionnels à la recherche à la fois d'opportunités de carrière et d'une qualité de vie élevée.
Virgule: L'attraction des talents relève de la compétence de plusieurs ministères. Dans la pratique, dans quelle mesure le gouvernement agit-il efficacement comme un acteur unique sur cette question? Êtes-vous convaincu qu'il existe une véritable coordination des efforts?
Lex Delles: Attirer, retenir et développer les talents est, par nature, une politique transversale relevant de plusieurs compétences ministérielles. C'est pourquoi le gouvernement a mis en place un comité de haut niveau dédié, comme le prévoit l'accord de coalition, afin de garantir une approche coordonnée et cohérente.
Ce comité rassemble les ministres chargés de l'économie, du travail, des affaires étrangères, de l'enseignement supérieur, des finances, de la formation professionnelle et de l'immigration, ainsi que les partenaires économiques et sociaux.
Dans la pratique, cette structure de gouvernance permet le partage des données sur les besoins en compétences, la définition de priorités communes et la coordination des initiatives à l'échelle de l'État. [...] Elle a déjà débouché sur des avancées concrètes — notamment le développement du portail "Work in Luxembourg" et la création du "Talent Desk" - qui visent à offrir un point d'entrée mieux coordonné aux talents et aux employeurs.
[...] Les efforts de promotion internationale et de valorisation de l'image de marque des employeurs reposent sur une approche étroitement coordonnée avec les principaux acteurs du secteur privé, afin de garantir cohérence et efficacité. La Chambre de commerce, ainsi que la Chambre des métiers, jouent un rôle central dans ce contexte, car elles sont membres à part entière du comité des talents - contribuant directement à la définition des orientations stratégiques — et sont également impliquées au niveau opérationnel. [...] Cette implication garantit un lien étroit entre les politiques publiques et les besoins concrets sur le terrain.
En ce qui concerne le secteur financier, le comité de haut niveau assure également la coordination avec Luxembourg for Finance (LFF), dont l'ALFI (Association de l'industrie des fonds luxembourgeois) est un partenaire et un membre actif. Par son action, LFF, l'agence de promotion et de développement de la Place financière, cherche également à attirer des talents au Luxembourg, en particulier dans le domaine de la finance.
Virgule: Quelles sont ses lacunes?
Lex Delles: La coordination reste un défi en raison de la nature transversale de la politique en matière de talents, qui touche de nombreux domaines, notamment l'économie, l'emploi, la formation et l'intégration, entre autres.
Les travaux du comité ont par ailleurs mis en évidence certains défis persistants, tels que l'adéquation de la formation aux besoins du marché du travail, l'intégration des talents internationaux et la simplification des parcours pour les talents et les employeurs.
Virgule: Six mois après le lancement du Talent Desk et du portail "Work in Luxembourg", quel bilan tirez-vous de leur impact? Contribuent-ils déjà à renforcer la capacité du Luxembourg à attirer les talents?
Lex Delles: Six mois après leur lancement, le portail "Work in Luxembourg" et le Talent Desk ont déjà atteint les indicateurs clés de performance que nous avions fixés pour cette première phase. [...] Nous constatons une croissance régulière du trafic sur le site web, une augmentation du nombre de demandes traitées par le Talent Desk et un intérêt croissant pour travailler au Luxembourg.
Nous mesurons le succès à l'aide de plusieurs indicateurs, notamment le nombre de visites sur le portail, le volume et la qualité des contacts traités par le Talent Desk, ainsi que l'engagement des candidats internationaux et des employeurs luxembourgeois. La prochaine étape consiste à lancer des campagnes ciblées sur les réseaux sociaux à l'international et à renforcer notre présence lors d'événements internationaux et locaux afin de consolider davantage la visibilité du Luxembourg en tant que destination pour les talents internationaux.
Attirer des talents internationaux est une démarche à moyen et long terme. Contrairement au recrutement local, cela implique une délocalisation, des démarches administratives et des considérations familiales. C'est pourquoi le succès initial ne doit pas être mesuré uniquement en termes d'embauches immédiates, mais aussi en termes d'amélioration de la visibilité, de développement du vivier de talents et de la volonté des employeurs de recruter à l'international.
En fin de compte, il appartient à chaque entreprise privée d'évaluer si un candidat donné est adapté au poste. Notre rôle consiste à positionner plus clairement le Luxembourg sur la carte mondiale des talents et à faciliter le processus tant pour les employeurs que pour les candidats.
Virgule: Lors d'une récente table ronde organisée parie Luxembourg Times, des intervenants du secteur des fonds d'investissement se sont interrogés sur la question de savoir si un ajustement salarial uniforme par indexation reflétait de manière adéquate les pressions sur la compétitivité dans les secteurs où les salaires sont plus élevés, tels que la finance. Dans quelle mesure ces préoccupations influencent-elles votre réflexion sur l'attractivité du Luxembourg pour les talents internationaux?
Lex Delles: Il est clair que des facteurs tels que le coût du logement et, plus largement, le coût de la vie font partie des éléments pris en compte par les talents lorsqu'ils évaluent une destination. Nous prenons ces préoccupations au sérieux.
Dans le même temps, l'attractivité du Luxembourg ne se résume pas à un seul facteur. Le pays continue d'offrir un marché du travail dynamique, des opportunités de carrière dans des secteurs clés, un environnement multilingue et ouvert, des écoles internationales de grande qualité ainsi qu'une stabilité économique et sociale globale.
Quant à l'indexation, elle fait partie intégrante du modèle social luxembourgeois et contribue à préserver le pouvoir d'achat, ce qui constitue également un facteur d'attractivité. Cela ne nous empêche pas de rester attentifs aux questions de compétitivité et aux réalités auxquelles sont confrontés les différents secteurs.
Notre objectif est d'agir de manière équilibrée sur les facteurs qui incitent les personnes talentueuses non seulement à venir au Luxembourg, mais aussi à y construire une vie durable à long terme.
Virgule: Une part notable d'étudiants luxembourgeois qui partent étudier à l'étranger ne reviennent pas. Selon vous, quelle en est la raison principale: les opportunités de carrière, le mode de vie, le logement ou d'autres facteurs? Ce taux de non-retour est-il pour vous un échec de la politique menée, ou bien une conséquence naturelle d'un marché du travail ouvert?
Lex Delles: Le non-retour de certains diplômés résulte d'une combinaison de facteurs: les opportunités de carrière à l'étranger dans certains secteurs spécialisés, les contraintes liées au logement et les choix personnels ou de mode de vie adoptés pendant leurs études. Ce phénomène n'est pas propre au Luxembourg, mais caractérise plutôt les économies très ouvertes et internationales.
Plutôt que d'y voir un échec des politiques publiques, je pense que la mobilité doit être considérée comme une opportunité.
Les étudiants acquièrent des compétences précieuses et une expérience internationale qui peuvent profiter au Luxembourg à long terme, même s'ils ne reviennent pas immédiatement.
Notre priorité est de faire du Luxembourg un lieu de plus en plus attractif pour y construire une carrière. Le gouvernement s'attache donc à renforcer l'attractivité du Luxembourg grâce à des opportunités d'emploi de qualité, à relever les défis structurels et à maintenir des liens solides avec les étudiants à l'étranger.
Dans ce contexte, bien qu'il n'existe pas de programme de retour spécifique, des mesures telles que la nouvelle "prime de réussite" visent à favoriser la réussite des études, à renforcer les liens avec les étudiants à l'étranger et à contribuer à la constitution d'une main-d'oeuvre hautement qualifiée attachée au Luxembourg.
Virgule: Seriez-vous favorable à des mesures plus directes - incitations financières, outils fiscaux ou aide au logement - pour encourager les Luxembourgeois à revenir, ou cela risquerait-il de fausser le marché du travail?
Lex Delles: La question des mesures ciblées telles que les incitations financières, les outils fiscaux ou l'aide au logement s'inscrit dans un débat plus large qui dépasse le champ de compétence du seul ministère de l'Économie. [...] De telles mesures devraient faire l'objet de discussions avec les autres ministères concernés.
D'une manière générale, on peut dire que le gouvernement privilégie une approche globale et équilibrée en matière d'attractivité, visant à créer des conditions favorables pour tous les talents — qu'il s'agisse de résidents, de travailleurs frontaliers ou de talents internationaux — sans fausser le marché du travail, tout en tenant compte des besoins spécifiques de l'économie.
Virgule: Enfin, si vous deviez identifier un changement de politique qui aurait le plus grand impact sur la compétitivité du Luxembourg vis-à-vis des talents internationaux au cours de la prochaine décennie, quel serait-il?
Lex Delles : Il est difficile de réduire cette question à une seule mesure, car il s'agit par nature d'un enjeu transversal. La compétitivité du Luxembourg en matière d'attraction et de fidélisation des talents repose fondamentalement sur un ensemble de politiques cohérentes et complémentaires.
C'est pourquoi il est important d'adopter une approche coordonnée et intégrée, et c'est précisément l'objectif que nous poursuivons avec le comité des talents. Plutôt que de changer de politique, je pense que nous devons poursuivre nos efforts, qui vont dans la bonne direction.
Cet article a été publié initialement sur le site du Luxembourg Times. Il a été traduit à l'aide d'outils d'intelligence artificielle qui apprennent à partir de données issues de traductions humaines, puis vérifié par Megane Kambala. (Virgule)