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Petites entreprises et gros enjeux
Interview avec Lex Delles dans le Paperjam
Interview: Paperjam (Maëlle Hamma)
Paperjam: La politique économique est réellement pensée pour les TPE?
Lex Delles: 87 % des entreprises luxembourgeoises sont des TPE. Mais une TPE n'est pas comme une autre: coiffeur, jardinier, commerçant, entreprise de services... C'est une multitude d'entre prises avec des problèmes et des opportunités différents. Notre politique est adaptée aux TPE comme aux PME. Et quand on parle de TPE, on parle aussi beaucoup d'indépendants.
Je suis parfois fâché quand j'entends certains politiciens attaquer les entreprises, car c'est attaquer ceux qui osent se lancer. Le GEM montre qu'au Luxembourg, les nouvelles entreprises sont davantage créées par opportunité que par nécessité. On peut en être fier.
Les SME Packages sont par exemple particulièrement adaptés aux TPE, avec une demande simple et une aide de 70 % sur un investissement de 25.000 euros. Ce sont des outils faciles d'accès et performants.
Paperjam: Une entreprise de deux salariés et une de 200 sont-elles vraiment comparables?
Lex Delles: Je les vois souvent ensemble, car elles sont concernées par les mêmes problématiques, notamment celle de la simplification administrative.
Paperjam: Que faites-vous pour simplifier, justement?
Lex Delles: Nous avons développé une approche bottom-up avec les principales fédé rations pour recueillir directement les propositions des entreprises.
212 idées concrètes en sont ressorties. Elles font l'objet d'une coordination entre plusieurs ministères pour être examinées et mises en oeuvre.
Environ 20% sont achevées et 60% encore en traitement. C'est un travail minutieux, qui se joue à plusieurs niveaux. C'est aussi pour cela que ce gouvernement soutient les démarches d'"omnibus" au niveau européen.
Paperjam: Selon vous, qu'est-ce qui est le plus dur pour un patron de TPE?
Lex Delles: C'est d'avoir constamment "la tête dans le guidon": tellement de travail au quotidien qu'il devient difficile de prendre du recul pour innover, investir ou suivre des évolutions comme l'intelligence artificielle.
Mais le financement reste le nerf de la guerre...
Le financement reste une question majeure. Donner à une TPE les moyens de se développer est essentiel. C'est pourquoi nous avons introduit l'an dernier, via la SNCI, le prêt à taux zéro.
Une entreprise qui n'investit pas aura du mal à croître. L'autre enjeu est de mieux faire connaître ces outils aux TPE. La digitalisation est également incontournable. Une entreprise qui ne se digitalise pas aujourd'hui aura beaucoup de mal à exister demain.
Malgré l'activité, des patrons disent voir leurs marges se réduire.
Paperjam: Que leur répondez-vous?
Lex Delles: Lors du Covid, j'ai été très en colère de voir certains s'en prendre aux indépendants comme s'ils étaient tous riches. Un indépendant prend une énorme responsabilité pour lui-même et, s'il en a, pour ses salariés. Il assume ses charges et mérite d'être respecté à sa juste valeur. Chaque grande entreprise a d'abord été une TPE. Les indépendants, les TPE et les PME créent de la valeur, participent à la diversification de l'économie luxembourgeoise et en constituent l'épine dorsale.
Paperjam: La réforme du statut de l'indépendant signifie-t-elle qu'il n'est pas assez protégé aujourd'hui?
Lex Delles: Nous avons appris de la crise du Covid qu'il fallait faire des adaptations, notamment sur les cotisations, la sécurité sociale ou ce qui se passe en cas de faillite. L'indépendant prend des risques et doit bénéficier de certaines protections. Nous en sommes conscients et nous allons présenter ce paquet.
Paperjam: À quoi peut-on s'attendre?
Lex Delles: Cela sera présenté prochainement.
Il n'y a pas encore de calendrier fixe.
Pour les indépendants, ce sera une évolution positive, avec l'objectif de leur donner davantage de sécurité.
Paperjam: La faible croissance actuelle relève-t-elle de la conjoncture ou d'un problème plus structurel?
Lex Delles: Le pire pour l'économie, c'est l'incertitude et le manque de prévisibilité. Le gouvernement essaie d'offrir un maximum de prévisibilité aux entreprises, et c'est aussi ce qui en attire certaines au Luxembourg. La croissance reste faible et a été revue à la baisse par le Statec, autour de 1,2 à 1,4%en 2026.
L'imprévisibilité est devenue structurelle dans cette période de multicrises.
A cela s'ajoutent la transition digitale, la décarbonation... Ce n'est clairement pas facile pour les entreprises.
Paperjam: Faut-il repenser le modèle?
Lex Delles: Le pays a trois grands atouts: l'agilité, la rapidité et la stabilité. Nous avons aussi développé depuis longtemps des secteurs prioritaires, comme l'automobile ou l'espace. Aujourd'hui, nous poursuivons dans cette logique, par exemple avec la conduite autonome.
Paperjam: Comment voyez-vous 2027?
Lex Delles: Les incertitudes internationales vont probablement demeurer. Au niveau européen, le renforcement du marché intérieur devient crucial. La question de la surrégulation restera d'actualité et devrait conduire à davantage de simplifications. J'espère que nous conserverons cet esprit entrepreneurial.